Calligraphy

04 nov
4 novembre 2012

Suite à l’article du mois dernier sur l’histoire de Daydreamer, je vous propose de suivre cette-fois-ci un chemin très différent : une promenade solitaire qui m’a conduit à une image simple d’herbes hautes reflétées dans l’eau d’un lac et intitulée Calligraphy.

Cette photographie a en effet été réalisée lors d’un voyage professionnel en Suède, à l’occasion duquel j’ai repoussé de trois jours la date du retour et loué une chambre d’hôte pour profiter de la région de Svartådalen, la « Vallée de la Rivière Noire »…

Le but est dans le chemin

Je n’avais pas de destination précise lors de ce voyage, pas de compagne ou de compagnon de route, de guide ou même de carte ! Je voulais simplement me promener dans la nature, un système GPS indiquant ma position même hors de portée des réseaux de téléphonie mobile.

Cette démarche photographique est beaucoup moins volontariste que celle décrite dans l’article sur Daydreamer mais repose sur le même principe : pour faire de belles photographies il faut voir de belles choses. Une partie de la réponse est certainement dans notre propre regards, mais rien ne remplace à mon sens l’expérience elle-même que nous choisissons de vivre… ou de ne pas vivre lorsque nous restons chez nous pour regarder la télévision.

Pour revenir à la Suède, en mi-saison et dans cette province profonde parsemée de centaines de lacs, véritable paradis des amoureux de la nature sauvage, il règne un calme presque surnaturel. On entend littéralement le silence, et le moindre souffle de vent dans les hautes branches devient un événement sonore troublant, tout comme le battement d’ailes d’un oiseau qui annonce sa venue bien avant qu’il apparaisse dans le ciel.

Dans ces conditions, le calme est tel que l’eau des lacs est un véritable miroir dans lequel on a parfois l’impression que l’on pourrait tomber et chuter sans fin. C’est magnifique et vertigineux à la fois… Mais il s’agit d’un calme relatif et pas d’un calme parfait, ce qui m’a valu quelques surprises au moment de la prise de vue.

Au bord des lacs, les herbes hautes ont une élégance particulière que j’ai à la fois découvert… et retrouvé ! Car je me souvenais d’une très belle photographie de Carola Onkamo intitulée Calm Waters et prise dans cette région :

Une infinie patience

Cette image m’a habité tout le long de mon parcours le long des rivages. Et je voudrais ici redire une autre règle de l’art qui me semble fondamentale : pour faire des photographies il faut aussi aimer celles des autres et savoir s’en inspirer. Je rencontre parfois des photographes qui essaient de s’isoler des autres artistes pour ne pas être « pollués » dans leur art et j’en suis sidéré à chaque fois. Croient-ils donc qu’ils sont nés seuls dans la jungle ? Notre regard est le fruit d’une éducation et poursuit celui d’autres personnes avant nous. Il n’y pas à mon sens d’art pur mais une grande conversation entre artistes qui s’étend sur des siècles.

Ayant enfin repéré un bouquet d’herbes hautes qui me paraissait parfait pour la photographie que j’avais en tête, j’ai rapidement compris que j’allais devoir utiliser mon trépied et le caler solidement car le lac était certes calme mais avec de légères ondulations qui déformaient le reflet. Il fallait donc exposer sur une durée d’une seconde environ pour lisser le reflet… mais en une seconde il y avait toujours un petit souffle de vent qui faisait bouger la pointe des herbes hautes et rendait la photo floue.

Après quelques dizaines d’essais, à chaque fois que je regardais de près l’image agrandie à l’arrière de l’appareil (vive la photographie numérique pour cela !) j’avais soit des photos trop rapides avec des vagues apparentes dans le reflet de l’eau, soit des photos trop lentes avec des herbes floues sous l’effet du vent. L’enfer ! Et comme il faisait froid et humide, je commençais à m’engourdir, ce qui n’est jamais bon signe.

J’ai donc changé de procédé et sorti la télécommande de mon appareil, pour programmer une prise de vue toutes les deux secondes, d’une durée d’une seconde… Jusqu’à la fin de la mémoire disponible dans ma carte. Plus de 400 fois la même photographie ! Et lorsque je les ai toutes visionnées sur mon ordinateur au retour dans ma chambre d’hôte, il n’y en avait que 3 qui étaient nettes ! Mais il en aurait suffi d’une seule pour me rendre heureux…

Après quelques retouches simples, destinées à nettoyer le dégradé et à l’accentuer légèrement dans les bleus, l’image était prête. Calligraphy est de loin la photographie qui m’a demandé le plus de temps et d’efforts lors de la prise de vue… et sans doute celle qui m’en a demandé le moins lors de la post-production sur Photoshop ! Et quand je la regarde à présent, j’ai l’impression d’avoir saisi la signature de la nature, en bas de la grande toile qu’elle nous offre d’admirer à loisir dès que nous bougeons les pieds et que nous ouvrons les yeux.

Et vous, que voyez-vous dans ces courbes presque abstraites ?

2 replies
  1. Liana says:

    A la lecture de ton article, à t’imaginer engourdi dans le froid et l’humidité, et profondément motivé pour obtenir ce majestueux résultat, je n’ajouterai qu’une chose : « Tout vient à point, à qui sait attendre ».
    Bravo pour cette belle photo!

    Répondre
    • Brice says:

      Merci ! Ton commentaire me fait penser au fameux « Cookie Test » de Stanford : on propose à des enfants 1 biscuit tout de suite ou 2 s’ils patientent 5 minutes sans le manger… Et on les laisse tous seuls avec le biscuit ! L’étude démontre touts sortes de choses sur l’importance de l’anticipation, la capacité à planifier la récompense et le lien avec la réussite scolaire. Et quand j’y pense, la photographie c’est un énoooorme biscuit qui vient après des années de travail et des fois, comme ici, des heures d’attente. Mais c’est clair qu’après tu es trop content ! Bon courage pour ton propre « cookie test » en cours, je suis tes aventures même si je ne les commente pas toutes… ;)

      Répondre

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