Daydreamer

03 oct
3 octobre 2012

Chaque photographie a son histoire ! Et pour inaugurer cette nouvelle section de mon « carnet de voyages » dédié à ces histoires, je vous invite dans une hacienda Mexicaine abandonnée en compagnie de Ghislaine !

Lors d’un voyage au Mexique, nous avons demandé à un guide local de nous concocter un périple de 5 jours dans la jungle (Sierra Gorda) et les montagnes du Nord-Est afin de découvrir des lieux insolites. Et nous n’avons pas été déçus !

Chemins de traverse

Efrain – notre guide – nous a d’abord emmené dans des endroits célèbres comme Xilitla, qui est en effet un lieu insolite et merveilleux, mais offrant plus de plaisir pour les yeux que pour les objectifs, comme la plupart des monuments – à moins d’être photographe de carte postale.

Peu à peu, il a appris à nous connaître et je lui ai montré d’autres photographies que nous avions réalisées pour qu’il adapte notre parcours et cherche des endroits plus intimes et plus inhabituels.

Nous sommes alors revenus vers la montagne et son climat aride, en passant par des grottes immenses dont les voûtes effondrées laissaient couler en cascade une abondante végétation – Et oui, il y a une photographie de cela aussi :

underworld - photographie par Brice Challamel - photograph by Brice Challamel

Et au cours de la quatrième journée, il a eu une inspiration géniale, totalement inhabituelle mais parfaite pour nous : il nous a raconté qu’il connaissait une vieille hacienda abandonnée où personne n’allait jamais, appelée Jaral de Berrio et qui appartenait à une ancienne famille de producteurs de Mezcal ayant fait fortune avant d’être ruinés ! Un regard nous a suffi avec Ghislaine pour savoir que nous rêvions d’y aller…

La Hacienda Jaral de Berrio

L’un des aspects les plus intéressants est que cette hacienda est loin de tout et donc très peu touristique malgré son passé prestigieux. En échange de quelques dollars, le gardien a refermé les portes derrière nous à double tours : nous étions parfaitement seuls et tranquilles dans une château de contes de fées tombé en ruine !

Nous sommes restés toute l’après-midi dans ce décor surréaliste, prenant des centaines de photographies avant d’atteindre la grande galerie, d’où Juan Nepomuceno de Moncada y Berrio, propriétaire des lieux et l’homme le plus riche du Mexique au début du XIXème siècle, pouvait saluer au balcon toute la population de la ville rassemblée sur la place principale (on voit les clochers de l’église sur la gauche à partir de la seconde fenêtre).

Pour bien comprendre, voici un article avec des photos et une vidéo de cette hacienda qui vous plongera directement dans l’ambiance !

Un panorama HDR

L’idée m’est rapidement venue de réaliser une photographie panoramique pour capturer tout le couloir. Ghislaine avait emmené une petite robe noire d’inspiration latine dans son sac, dont elle s’est vêtue pour l’occasion en mettant de côté son jean et son blouson de baroudeuse. Pour la petite histoire – et je suis sûr qu’elle en parlera dans les commentaires – il y avait un peu de hauteur depuis cette fenêtre et je n’ai donc pu prendre qu’une seule photographie d’elle sur le balcon de pierre car elle avait le vertige !

Mais une seule suffisait, et j’ai ensuite pris le temps de composer tout le reste en prenant de multiples expositions de tous les angles à partir de la position de départ de l’appareil, solidement calé sur sont trépied au niveau du montant bas des fenêtres. Les expositions les plus longues permettent de voir le détail des murs (sur-exposition), les plus courtes offrant au contraire une lumière acceptable pour l’extérieur (sous-exposition). Une technique photographique appelée HDR et très utiles dans des conditions de luminosité aussi difficiles.

Il restait alors, au retour en France, à traiter toutes ces images pour construire le panorama, fusionner les différentes expositions et affiner les réglages habituels (teinte, luminosité, contraste, niveaux, etc.). Un travail patient qui tient plus de la peinture que de la photographie mais que j’apprécie beaucoup. Peut-être suis-je d’ailleurs dans le travail de mes images plus peintre que photographe…

Au final, une photographie qui nous rappelle à Ghislaine et à moi un merveilleux voyage, la belle rencontre avec Efrain, un lieu « magique » et qui nous invite enfin autant au souvenir qu’au rêve…

Et vous, que vous inspirent Daydreamer et son histoire ?

 

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6 replies
  1. Lune de Sable says:

    C’était super haut!!! Au moins 3 mètres!!! Ce qui était assez fantastique dans ce petit périple, c’est la facilité avec laquelle notre guide a compris ce que nous cherchions, simplement en regardant des photos. L’image, comme la musique, n’a pas besoin de traduction :)

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    • Brice says:

      C’est tellement vrai, et autant dans la prise de vue et la communication sur le terrain en voyage que plus tard dans les échanges sur les forum et les sites spécialisés comme Deviant Art ou 500px. Je suis toujours fasciné de me retrouver à dialoguer sur des photographies avec des indiens, des indonésiens, des grecs ou des ivoiriens comme si nous étions soudain tous du même monde, qui est celui que nous photographions…

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  2. Laure says:

    C’est intéressant de comparer le travail de retouches sur ordinateur à de la peinture. Cela inverse un peu ma conception initiale de la photographie soit comme un domaine indépendant, soit comme un moyen au service de la peinture. Y-a-t-il d’autres photographes qui partagent ce sentiment d’être peintre lors des retouches de photos?

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    • Brice says:

      Bonjour Laure,

      merci pour ce commentaire. Il y a en effet deux « extrêmes » qui sont les photographes de reportage d’un côté, jurant tous qu’ils ne retouchent jamais une photo, et les graphistes de l’autre qui ne voient les éléments photographiés que comme la matière première de leur œuvre !

      Entre ces deux positions extrêmes, la plupart des photographes trouvent leur propre espace. Rares sont ceux qui ne travaillent pas les contrastes ou la balance des couleurs d’une image initiale, mais certains vont beaucoup plus loin et créent des formes d’art très spectaculaires en partie avec la photographie, et en partie avec le dessin ou la peinture.

      Dans deux registres complètement différents, je peux te conseiller d’aller voir sur Internet le travail de Ben Heine et celui de Christophe Gilbert. Deux artistes qui ne cessent de m’émerveiller et de m’inspirer…

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  3. Suzanne says:

    Les vieilles bâtisses tombées en désuétude m’ont toujours profondément touchée. L’émotion que je ressens en les contemplant est directement liée à la puissance qu’elles ont pu jadis incarner. Quand je regarde ces châteaux autrefois hauts lieux économiques habités par de puissants seigneurs, je me demande toujours si ceux-ci ont un jour imaginé que l’expression de leur pouvoir se réduirait à des décombres dont l’histoire ne serait plus chantée que par quelques spécialistes peu connus. Robert le Diable, t’a-t-il effleuré l’esprit que ton château finirait en ruine sur un bord d’autoroute ? Krak de Syrie, Wasingenstein, Malbork, places fortes à jamais endormies, au fait de votre splendeur, avez-vous osé un instant imaginer que vous ne seriez un jour qu’objets de curiosité et simples témoignages d’un passé révolu ? Et pourtant la vie a vibré dans vos murs avec ses peines, ses déceptions, ses trahisons, l’espoir, la joie, l’amour. Tant d’histoires et tant de rêves perdus et oubliés. Tant de grandeur et de certitudes évaporées.
    Juan Nepomuceno de Moncada y Berrio, tu as été l’homme le plus riche du Mexique au XIXème siècle. Tu saluais de ton balcon la population qui te craignait et te respectait. Aujourd’hui au balcon de ton hacienda qui n’est plus qu’un vestige oublié, une jeune femme prend la pose sous l’objectif amoureux de son mari. Et moi qui suis témoin de ces deux histoires qui se superposent je suis touchée et prends ma leçon. Humilité et liberté. Liberté ? Liberté. Quand un haut lieu de pouvoir et de puissance autrefois incontesté et inaltérable devient le terrain de jeu de deux amoureux, alors, je regarde autrement les symboles sacrés et arrêtés de mon temps. Et à mon tour, je joue ! :-)

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  1. [...] à l’article du mois dernier sur l’histoire de Daydreamer, je vous propose de suivre cette-fois-ci un chemin très différent : une promenade solitaire qui [...]

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