Lutter contre la valse !

19 Jan
19 janvier 2011

Une musique décadente déferle depuis quelques années dans notre pays depuis les contrées d’orient, lancinante et sournoise, avec son rythme à trois temps et ses accélérations obscènes. Dans son sillage, une danse immorale et dégradante embrase les esprits les plus faibles et compromet la vertu de la jeunesse française.

La valse, puisque c’est d’elle que je veux parler, menace nos enfants, nos valeurs et notre pays. Allons-nous rester les bras croisés, sans réagir ? Voici mon plaidoyer. Entendez-le, et rejoignez-moi dans la lutte contre la Valse !

Quand trop d’innovations conduisent à la catastrophe

Voilà des années que nous assistons à un tourbillon d’innovations néfastes, et que les gouvernements successifs, tout occupés à leur prétendue révolution, ne font rien pour les arrêter. Or chacune d’entre elles a préparé le terrain pour cette catastrophe morale qui s’abat sur nous aujourd’hui !

Nous dénonçons depuis des années cette fureur du « toujours mieux », « toujours nouveau »… Hélas ce n’est que maintenant que la société se réveille enfin et réalise le grave péril dans lequel elle s’est placée.

Caricature dénonçant la valse - Gillray, 1810

Commençons par la plus insidieuse de ces nouveautés : les parquets. Depuis l’installation par Pierre Meunier de cette invention diabolique dans son « Bal du Nouveau Monde » en 1806, les salles de fêtes se dotent toutes de ces nouveaux sols en bois lisses qui remplacent la douce terre battue sur laquelle nous aimions sautiller les quadrilles.

Ces parquets, qui permettent de glisser les pieds sans aucun effort, en plus d’être laids et d’encourager la paresse, rapprochent dangereusement les danseurs qui se retrouvent parfois face à face et se regardent dans les yeux ! Les parquets n’ont rien à faire dans les lieux où l’on célèbre la jeunesse ! Il est encore temps de les interdire, et pour ceux qui ont déjà été installés, de les brûler.

Les instruments de musique ne sont pas en reste. On voit maintenant de véritables bouffons sans perruque défoncer avec de grands moulinets des bras les claviers de leurs « pianoforte », quand il était si délicat de caresser la corde de nos beaux clavecins d’une plume de corbeau coupée pour en détacher une par une les douces notes cristallines…

Leur spectacle de débauche corporelle sur cet instrument totalement inutile à l’orchestre (encore un besoin inventé de toutes pièces par les esprits malades de Pleyel, Erard et Gaveau !) incite les spectateurs à bondir eux-mêmes sur leurs sièges sans aucune retenue. Vous verrez qu’un jour, si nous ne faisons rien, les spectateurs arracheront les sièges des salles de concerts pour danser comme des bêtes devant les musiciens !

« … Je n’étais plus un homme… Tenir dans mes bras la plus aimable créature et tourbillonner avec elle comme l’orage, à tout perdre autour de soi… J’ai fait le serment qu’une jeune fille que j’aimerais, sur laquelle j’aurais des prétentions, ne valserait jamais avec un autre que moi… jamais… »
Goethe, in Les Souffrances du Jeune Werther (1774)

Enfin et surtout, nous sommes victimes de l’ouverture des frontières et de l’immigration. Le corse, que je refuse de nommer ici tant il est scandaleux qu’il prétende diriger la Nation, a fait poster une garde d’honneur devant la maison d’Haydn à Vienne, pour le protéger d’éventuelles mésaventures lors de la reconquête de la ville en 1809.

Saurait-on mieux symboliser l’union écœurante  d’un noiraud de la méditerranée avec un libertin des pays de l’Est ? Nous sommes assaillis de toutes part et le nouveau mélange « polack, blanc, corse » fait naître des petits métèques jusque dans l’arrière-cour de nos maisons de campagne !

Le mal vient de l’étranger et annonce la fin du monde

Car voilà : depuis l’abolition de la peine de mort sur le bûcher des danseurs en couple au XVIème siècle, véritable point de départ de la décadence morale de l’occident, tout va si vite que nous ne savons plus à quoi nous raccrocher. N’importe qui peut écrire ses élucubrations dans des livres imprimés, au lieu de patient travail de sélection et d’annotation qu’accomplissaient les copistes. Chaque pays se dote de sa religion, et le nôtre n’en respecte plus aucune. Un jour il y aura des minarets dans Paris !

Et la valse, la valse… Penser qu’un jour ma fille, ma propre fille, puisse avoir à la taille la main odieuse d’un homme qui n’est pas son mari, qui la regarde de face au lieu de danser à côté d’elle, et lui fasse tourner la tête jusqu’à la culbuter dans son lit. Je n’en souffrirai pas plus !

Alors je vous en conjure, unissons-nous contre ce nouveau fléau et endiguons-le avant qu’il ne soit trop tard. Sinon d’autres danses suivront, d’autres étrangers viendront, d’autres nouveautés apparaîtront… Et nos enfants seront des barbares dépravés qui communiqueront entre eux sans le regard éclairé des parents, publieront leurs propres journaux, iront au spectacle dans des salles obscures voir des couples s’embrasser sous leurs yeux et forniqueront enfin à toute heure du jour et de la nuit en dehors des liens sacrés du mariage.

Ce serait, littéralement, la fin du monde.

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12 replies
  1. Tasnime says:

    Eh oui tous les changements, petits ou grands, sont souvent (bien trop) bouleversants ! Surtout quand ils touchent les jeunes générations qui peuvent si facilement développer une passion pour la techtonik, les mangas, ou je ne sais quoi d’autre venu d’ailleurs que du foyer familial… Certains s’emploient même à convertir les autres à cette passion !

    Mais les moins jeunes qui découvrent les nouveautés n’ont-ils pas été jeunes un jour ? Peut-être est-on inconsciemment jaloux de ne pas pouvoir changer de repère et intégrer la nouveauté à notre quotidien.

    Ah mais non, cette dernière hypothèse est fausse puisque la sagesse vient avec l’âge ! ;)

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    • Brice says:

      De la valse à la tektonik, il n’y a en effet qu’un pas… de danse ?

      Tu as raison. Intéressant de voir que les enfants de la valse étaient les parents du fox-trot, puis que les enfants du fox-trot sont devenus les parents du rock’n roll, et enfin que les enfants du rock’n roll (et là, prudence car ils sont encore en vie !) sont devenus les parents des rave party et de la tektonik !

      Il est impossible de dater l’apparition de la danse, et la plupart des spécialistes estiment qu’elle est contemporaine de l’apparition d’homo sapiens. Or, bien que nous soyons « cablés pour danser », chaque génération semble aussi « cablée pour lutter » contre la danse de la suivante. Quel peut bien en être le bénéfice pour notre espèce ?

      Où alors s’agit-il, comme pour Alzheimer, d’un défaut tardif qui passe à travers les mailles du darwinisme car il ne se révèle qu’après l’âge de la reproduction ?

      Plus clairement : existe-t-il une valeur à camper instinctivement sur ses positions ? Par exemple, obliger la nouveauté à faire une preuve formelle de sa supériorité pour passer le cap de cette résistance ? Nourriture pour la réflexion…

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  2. Mélanie says:

    Si vous avez été choqués par la valse, ça y est cette danse est complètement adoptée par ma génération qui tous les jeudis soirs, se déhanche jusqu’aux petites heures sur un sol moquetté pour l’occasion ( le parquet ça glisse c’est pratique sauf quand ça devient une patinoire au point de ne plus pouvoir danser).

    Je pense que vous avez raison de dire qu’il s’agit juste d’une histoire génération. Mais à mon avis on ne peut pas être rangé directement du coté des parents ou des enfants, on est à la fois les deux .

    Enfant parce que l’on ne comprend pas que des membres de sa famille ne sachent toujours pas envoyer un sms.

    Parent parce qu’on ressent déjà le décalage avec la génération suivante. Moi à son age… Et oui c’est normal le changement est passé par là

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    • Brice says:

      Je repense en te relisant à une conférence de Michel Serre, au cours de laquelle un des auditeurs lui avait demandé ce qu’il pensait de la relation parents-enfants dans un contexte d’innovation accélérée. Il avait répondu : « Les enfants apportent à leurs parents la technique, les parents apportent à leurs enfants la culture ».

      Sans doute sommes-nous aussi, vis-à-vis de nous-mêmes, nos propres parents quand nous devons construire nos projets de vie et les inscrire dans une culture pérenne, qui nous donne un cap à travers les changements. Et nos propres enfants quand nous devons accueillir les nouvelles tendances, danses, technologies… Et nous les approprier avec efficacité.

      A huit ans tout le monde dit qu’il ne fera jamais un bisou sur la bouche… Et tous ceux qui en ont un jour l’opportunité reviennent sur ce serment et l’enterrent. En 1995 tout le monde jure qu’il n’aura jamais de téléphone mobile et en 2005 tout le monde en a un. Aimer et communiquer sont des éléments fondamentaux de nos cultures et de nos modes de vie, les bisous et la téléphonie mobile s’apprivoisent avec le temps… ;)

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  3. Florence says:

    Chacun voit et vit la nouveauté de façon différente en fonction de sa perception de l’intérêt que celle-ci aura, pour lui ou son environnement. Ce qui effraie certains, ce n’est peut-être pas la nouveauté en elle-même, mais plutôt le fait que le changement qu’elle provoque ne s’applique pas à eux de la même manière. Souhaitée pour les uns, ce sera un plaisir. Imposée pour les autres, ce sera un calvaire !

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    • Brice says:

      Sans compter le fait qu’il faut avoir la forme pour danser la valse, le fox-trot ou le rock’n roll… Parfois la nouveauté est objectivement plus difficile à adopter par les générations qui ne les ont pas vu naître.

      De même, les modes de navigation dans le « réseau » des liens hypertexte défie la structure intellectuelle des lecteurs « linéaires » de livres ou d’essais, et présente sans doute une difficulté objective du point de vue de la plasticité des capacités cognitives.

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  4. michèle says:

    j’adore ce texte, de Brice??? on dirait un texte paru dans la gazette de l’époque..
    Tout y est, y compris le Corse!!..
    C’est un éternel débat….Il faudrait remonter aux grecs anciens (sur lesquels je me penche en ce moment , grâce à Jacqueline de Romilly) pour voir comment ils parlaient déjà des « barbares », et des non athéniens (pouah, la Macédoine..). A vrai dire, je pense aux philosophes , qui ont construit la base de notre pensée moderne occidentale: des dangers du rire (Aristote) , etc.
    Laissez moi vous dire que la valse a été supplantée par le tango -argentin de préférence- ..cf les films US et français récents-comme mode de communication rapprochée entre les êtres humains. On se tient plus près de l’autre, et on a le droit de mimer l’amour et la possession (ou le refus )! A Toulouse, on le danse sur les places publiques en démonstration les après-midis de printemps ..Quel bonheur!…
    Quant à la peur de ce qu’on ne connait pas (NT et autres), ça continue de génération en génération..L’invention du téléphone a fait hurler dans les maisons bourgeoises « on me prend pour un valet que l’on peut sonner!! », celle du Minitel a laissé mon père perplexe devant le clavier , et je lutte pour ne pas avoir l’impression qu’avec internet sur mon tel mobile, je serais poursuivie par l’araignée de la toile… A chaque âge ses plaisirs et ses craintes, mais il est vrai que la capacité d’apprentissage est un témoin de notre évolution vers ..une forme d’immobilisme.
    Heu… c’est un peu triste, alors..vivce le tango!!

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    • Brice says:

      Intéressant de mettre la valse en regard du Tango, lui aussi venu d’une influence étrangère et lointaine, et porteur en effet d’un jeu de séduction beaucoup plus affirmé que la valse. Car aussi l’argentine était une terre d’esprits libres et de cultures métissées, de passions foudroyantes et de combats épiques, comme la plupart des « colonies d’Amérique » devenues terres d’aventures.

      Intéressant aussi ton anecdote sur le téléphone et la réaction des contemporains de son apparition, que je n’avais jamais entendu auparavant ! Preuve s’il en fallait que les parents, même s’ils ne sont pas les plus affutés sur la technique, restent les mieux armés sur la culture… ;)

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  5. Ghislaine says:

    Je ne dirais rien d’autre que cette petite chanson à laquelle je pense dès qu’on parle de valse:

    Ah quelle cérémonie ,
    Pour grand-père et grand-maman,
    Toute la famille est réunie
    Pour leur noces de diamants.
    Le champagne qui pétille,
    Fait pétiller tous les yeux
    Quand une petite fille,
    Dit en riant aux bons vieux :

    Voulez-vous danser grand-mère ?
    Voulez-vous valser grand-père ?
    Tout comme au bon vieux temps,
    Quand vous aviez vingt ans.
    Sur un air qui vous rappelle,
    Combien la vie était belle.
    Pour votre anniversaire,
    Voulez-vous danser grand-mère ?

    Comme la joie est immense,
    On fait jouer au piano,
    Le refrain d’une romance,
    Aux accents doux et vieillots.
    Alors oubliant leur âge,
    En souvenir du passé,
    Les grands-parents se décident
    Et s’enlacent pour danser.

    Voulez-vous danser grand-mère ?
    Voulez-vous valser grand-père ?
    Tout comme au bon vieux temps,
    Quand vous aviez vingt ans.
    Sur un air qui vous rappelle,
    Combien la vie était belle.
    Pour votre anniversaire,
    Voulez-vous danser grand-mère ?

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    • Brice says:

      Après recherche, une chanson de Lina Margy datant de 1947 et symbolisant aussi la renaissance de l’espoir dans l’après-guerre. Les paroles sont signées de Jean Lenoir, dont c’est le plus grand succès en tant que parolier.

      Quel beau commentaire sur cette note et quelle parfaite illustration de tout le chemin parcouru par la valse. Car après les hauts cris suscités par son apparition, elle a longtemps incarné le bonheur et l’amour avant de devenir, aujourd’hui, une danse réservée aux passionnés et aux mariages.

      Ironie du sort d’ailleurs, pour une danse autrefois tant décriée par l’Église dans les pays d’Europe de l’Ouest, que de symboliser aujourd’hui l’un des moments forts du mariage, qui est par ailleurs lui-même en perte de vitesse. Qui aurait dit en 1815 qu’elle aurait cette destinée ?

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  6. michèle says:

    a propos de cette chanson : j’ai entendu mon grand-père la chanter, il y a fort, fort longtemps!..je me souviens tout à fait de l’air…..Merci Ghislaine!

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