Éloge de la simplicité

09 jan
9 janvier 2011

Il y a quelques jours, un des lecteurs de la Pensée Multiple commentait un article sur le projet eGo en précisant : « Je ne jugerais pas de l’utilité ou non d’un tel objet car, faisant un retour à la simplicité, je n’ai pas l’utilité et l’envie de l’avoir. »

Une remarque d’autant plus surprenante, au premier abord, que la simplicité est le principal atout de cette invention, qui permet de transformer son environnement d’un simple contact des doigts.

La simplicité est-elle une notion objective ou subjective ? Peut-on la choisir, comme Voltaire choisissait d’être heureux « parce que c’est bon pour la santé » ? Peut-on enfin influencer le sentiment de la simplicité et avec quelles conséquences ?

Traverser le désert à dos de chameau ou de girafe ?

Plus j’y réfléchis, plus je réalise que la simplicité est une notion intrigante et complexe, dont la compréhension est au cœur de la réussite d’une innovation technologique comme eGo, mais aussi d’un projet politique et peut-être « tout simplement » de nos modes de vie…

Certaines personnes semblent vivre de grandes difficultés avec une aisance déconcertante alors que d’autres « se noient dans un verre d’eau ». Or beaucoup de publications identifient la simplicité d’une innovation comme un facteur clé de succès, des petits jeux sur téléphones mobiles aux jardins zen, en passant par les nouveaux outils pour publier un blog comme celui-ci. Ce qui donnerait à la simplicité un caractère objectif et universel conforté par notre sens esthétique de la « beauté simple ».

Une étude récente, conduite par l’Université de Chicago1, démontre que nous pouvons préparer avec succès notre esprit à percevoir la simplicité… jusqu’à un certain point.

Les participants de cette étude reçoivent en effet des propositions surprenantes avec des accents étrangers plus ou moins prononcés. Par exemple : « Une girafe peut tenir plus longtemps sans boire qu’un chameau » prononcé avec un accent turc, polonais ou allemand. Puis ils doivent dire ce qu’ils en pensent et s’ils adhèrent.

Le premier résultat intéressant est que l’intensité de l’accent est directement lié à l’acceptation de la proposition. Énoncée sans accent, elle est globalement acceptée. Avec un accent, elle est majoritairement rejetée. Or il ne s’agit pas de xénophobie, car si les participants sont prévenus à l’avance que l’intervenant aura un fort accent, le niveau d’acceptation change et redevient globalement positif.

Mais cette préparation fonctionne uniquement pour les accents légers et modérés, et pas pour les accents très prononcés : il reste une part de difficulté objective qui dépend de nos capacités d’assimilation. La simplicité est donc un facteur d’adhésion au message, qui dépend à la fois de notre préparation psychologique et de nos capacités individuelles.

La simplicité, entre pédagogie et démagogie

Pour la plupart d’entre nous, E=MC2 est plus facile à retenir qu’à comprendre. Mais si nous avons la chance de lire un article bien rédigé dans un journal de vulgarisation scientifique, ou de voir une conférence illustrée sur RSA Animate, la simplicité sur la forme entrainera non seulement la compréhension mais aussi l’adhésion sur le fond.

Inversement, dans une émission de télévision sur un sujet complexe, quelques phrases choc peuvent tuer le bon sens dans l’esprit de la majorité des auditeurs et leur faire croire qu’il vaut mieux traverser le Sahara avec une girafe qu’avec un chameau ! Tous les démagogues le savent, le commentateur d’eGo nous le rappelle et les scientifiques le démontrent. A nous d’en faire bon usage…

1S. Lev-Ari et B. Keysar, in Journal of Experimental Psychology. Télécharger au format PDF (anglais)

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17 replies
  1. michèle says:

    Comte Sponville accorde à la simplicité plusieurs pages de son Petit traité des Grandes Vertus, et comme j’aime bien sa façon d’écrire, en voici quelques extraits :
    « La simplicité est le contraire de la duplicité, de la complexité, de la prétention. C’est pourquoi elle est si difficile… »
    « La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu’elle fleurit, n’a souci d’elle-même, ne désire être vue.. »
    « Simplicité est liberté, légèreté, transparence…. »
    « Intellectuellement, ce n’est pas autre chose peut-être que le bon sens, qui est le jugement droit, quand il n’est pas encombré par ce qu’il sait ou ce qu’il croit, mais ouvert d’abord au réel, à la simplicité du réel, et comme toujours neuf en chacune de ses opérations… »
    « Que le même mot puisse désigner aussi une forme de bêtise dit assez ce que nous pensons de l’intelligence, et l’usage ordinaire que nous en faisons… »
    « C’est la vertu des sages, et la sagesse des saints… »

    C’est assez simple à comprendre, finalement, non ?

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    • Brice says:

      « Simple comme bonjour »… Encore faut-il le dire dans la bonne langue, au bon moment et sur le bon ton !

      La réforme des retraites, les téléphones mobiles, l’amour dans un couple ou dans une famille… Si simples et si complexes en même temps. Il en faut du temps, des efforts et de l’intelligence pour faire simple, car nous ne sommes pas des roses hélas, et qu’il n’est pas évident d’être des sages ou des saints.

      Contrairement à Comte Sponville, je ne crois pas que la simplicité nous soit offerte mais qu’elle est une victoire, éphémère et à double tranchant, sur la complexité du réel en nous et autour de nous.

      Éphémère car il y aura toujours une nouvelle représentation qui nous conduira un peu plus loin. A double tranchant car les messages les plus simples sont bien souvent les plus trompeurs.

      Mais dans des moments de grâce, dans la contemplation d’un feu ou la candeur d’une étreinte, chérissons cette petite victoire qui nous fait un si grand bien… :)

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  2. Ghislaine says:

    Apparemment la simplicité fait l’objet de nombreuses maximes et citation, je vais donc ajouter la mienne :) « Ce qui ce conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément » (Nicolas Boileau-Despréaux). C’est donc tout un processus que de « faire simple », et cela demande une grande maîtrise du sujet.

    Lors de conférences scientifiques, je suis toujours fascinée de voir combien les grands chercheurs peuvent rendre accessibles des notions complexes, en simplifiant sans déformer, en gardant juste l’essentiel. C’est aussi le credo de cette autre plateforme de diffusion des connaissances qu’est TED, où les orateurs présentent en moins de 20 minutes le fruit d’une vie de travail… Et de passion !

    L’amour du sujet, l’enthousiasme, participent-ils à le rendre plus accessible ou sont-ils juste l’énergie nécessaire pour chercher ses mots ?

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    • Brice says:

      Je réalise, en te lisant, quelle chance nous avons de vivre dans une société qui travaille activement à notre éducation tout au long de notre vie.

      Depuis que Descartes a brisé le tabou en publiant ses ouvrages en français plutôt qu’en latin, comme il était d’usage à son époque, nous ne cessons de progresser vers une civilisation du savoir partagé avec simplicité !

      Je pense notamment à ces livres écrits pour simplifier des sujets qui nous intéressent mais peuvent nous intimider, de la célèbre collection « Pour les nuls » à celle de « La plus belle histoire ».

      Et, bien entendu, à l’effort que tu fais toi-même, dans ton blog comme dans ton métier, pour rendre la science de la nutrition et de la santé accessibles à tous, sans la travestir d’une simplicité mensongère et trompeuse comme le font les « gourous des régimes ».

      Pour cela aussi, merci ! :)

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  3. Florence says:

    Lorsque je fais réviser mes enfants (7 et 11 ans) ou que je vérifie leurs devoirs, je suis effectivement surprise que ce qui leur apparait simple à comprendre ou à apprendre ne dépend pas forcément de la complexité de l’exercice mais d’au moins deux autres facteurs :

    – le premier est leur goût de la matière étudiée : pour mon fils, les mathématiques sont simples car il adore faire des additions ! Pour ma fille, il s’agit de l’histoire car elle est passionnée par cette matière. Et même si la leçon est longue, elle n’éprouvera pas de difficulté à la retenir.

    – le second élément découle du premier et consiste en l’expérience : mon fils envisage ses leçons de mathématiques avec un a priori positif sur la simplicité des devoirs. A contrario, ma fille ayant eu des difficultés avec l’anglais en primaire, a eu du mal à changer d’opinion concernant cette matière. La trouvant difficile à acquérir, elle s’en faisait un monde et trouvait complexe le moindre exercice. Il a fallut réintroduire notamment le plaisir d’apprendre (exercices ludiques, etc.), et attendre quelques premiers bons résultats pour lui redonner le sentiment de simplicité face à ses leçons.

    Le plaisir et le vécu sont donc des facteurs importants dans la conception de la simplicité.
    Un cercle qui peut devenir rapidement vicieux ou vertueux et qui nécessite une bonne dose de vigilance afin de rectifier le tir rapidement…

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    • Brice says:

      A propos de surprise face à la simplicité ou à la difficulté, et dans un tout autre domaine, je repense à une expérience en Afrique lorsque je conduisais des audits pour des coopératives de commerce équitable.

      Nous allions parfois dans des villages situés dans des zones difficiles d’accès, et où la plupart des éléments de nos paysages urbains étaient vécus comme des bouleversements des modes de vie. Par exemple un pont, qui faisait peur à tout le monde et soulevait beaucoup d’incertitudes ou d’opposition.

      Mais à côté de ça, ils utilisaient la téléphonie mobile, qui venait pourtant d’apparaître, avec la plus grande facilité ! Pour eux, qui parlaient à distance avec les esprits des défunts ou les divinités, utiliser un appareil de communication à distance était la chose la plus naturelle au monde…

      Là encore, l’expérience antérieure et probablement l’existence d’un cadre conceptuel faisaient une différence bien plus importante que la complexité technique en matière de perception de la simplicité.

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    • Tasnime says:

      Je crois aussi à l’importance de l’expérience dans la perception de la simplicité.

      J’ai commencé à apprendre le chinois en France, avec un professeur qui parlait à peine français et un livre « C’est du chinois »… Pas gagné d’avance pourrait-on se dire. Mais je n’ai jamais eu l’impression d’apprendre une langue « difficile », au contraire. Grâce aux nombreux exercices ludiques, apprendre le chinois était beaucoup plus facile et plaisant que d’apprendre l’espagnol ! Et je crois bien que j’ai appris plus en 3 mois de cours de chinois qu’en un an de cours d’espagnol…

      C’est peut-être pour cela que la simplification d’un sujet prend souvent une forme ludique, comme le jeu ou le dessin animé (cf. RSA Animate).

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      • Brice says:

        Connaissant aussi ton envie de partir vivre en Chine, je me dis que nous créons peut-être un « sentiment de facilité » qui est une émanation de notre motivation et en même temps un facteur de renforcement.

        J’avais le même lorsque j’ai appris l’anglais pour partir rejoindre mon père qui vivait alors aux Etats-Unis : tout le semblait simple en anglais, et je crois que je n’étais pas très objectif mais ça faisait du bien ! ;)

  4. Nathalie says:

    La simplicité… pas si simple si l’on en croit Picasso qui avoue : « J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant ».

    Pour rester dans le domaine de la création artistique, ton article me fait penser à ces Haïkus japonais, si simples en apparence. Ils demandent en réalité tant de ratures, de renoncements et de modestie pour n’exprimer que l’essentiel.

    Trois vers, quelques syllabes et une conscience extrême du poids des mots. Une apparente simplicité d’écriture qui nourrit la pensée de celui qui leur prête attention.

    Impossible de résister au plaisir d’en partager deux. L’un pour les réflexions sans fin dans lesquelles il me plonge. L’autre pour la justesse de la vision proposée… en toute simplicité

    Dans l’onde nulle trace
    Avec une femme
    Là, j’ai nagé
    (Seichi)

    Le saule
    Peint le vent
    Sans pinceau
    (Saryu)

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    • Brice says:

      Vraiment magnifiques tes Haïkus ! Je connaissais le principe mais je n’en avais jamais lu d’aussi beaux et touchants.

      Ils me rappellent notre discussion sur un autre blog intitulée « Six mots dans ce titre aussi » sur les romans en 6 mots des plus grands auteurs de science-fiction ! A la base il y avait cette phrase d’Hemingway (dont il disait que c’était le plus beau roman qu’il avait jamais écrit !) : « For sale: baby shoes, never worn. »

      Les auteurs de science-fiction étaient « mis au défi » par le magazine Wired qui en avait récolté une belle collection dans son article, par exemple :

      Computer, did we bring batteries? Computer?
      – Eileen Gunn

      The baby’s blood type? Human, mostly.
      – Orson Scott Card

      TIME MACHINE REACHES FUTURE!!! … nobody there …
      – Harry Harrison

      Et Arthur C. Clark, qui avait accepté de participer… mais en 10 mots !
      « God said, ‘Cancel Program GENESIS.’ The universe ceased to exist. »

      Oui, quand ça nous paraît simple c’est souvent que quelqu’un a investi beaucoup de temps et de talent. En particulier en art… :)

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  5. Nicolas Marescaux says:

    Simplicité ou/et proximité ?

    L’exemple de l’accent me fait penser à la loi de la proximité en communication. Plus l’information est proche de nous, plus nous sommes interpellés. Avec eGo se rajoute la pénétration dans la sphère d’intimité. Cet outil est tellement proche de nous avec sa technologie de Body Area Network qu’il a à la fois un énorme potentiel et une importante barrière à l’entrée. Son acceptation pourrait être facilitée par des avantages à la fois rationnels (quel impact sur mon fonctionnement) et émotionnels (quel impact sur mon identité). La télécommande a été inventée pour aider un proche à regarder la TV depuis son lit d’hôpital. Des handicapés moteurs pourraient être une des cibles privilégiées pour utiliser l’eGo.

    Répondre
    • Brice says:

      Intéressant de replacer sous la perspective de la proximité, qui me rappelle les statistiques que nous lisons régulièrement sur la prévalence des recommandations de nos proches ou des forums d’opinions d’utilisateurs par rapport à la publicité traditionnelle.

      Et la publicité traditionnelle était elle-même parfaitement consciente du biais puisqu’elle mettait régulièrement en scène la fameuse « discussion entre copines » pour les lessives ou les plats cuisinés…

      Ce qui est intéressant c’est que « proche de nous » puisse être en fait un parfait étranger sur Internet ou un comédien à la télévision. Cela met d’ailleurs en jeu un autre mécanisme intellectuel fondé sur les « neurones miroirs » et qui est capital notamment à la télévision : nous calons nos émotions et notre perception sur celle du récepteur « objectif » que nous observons.

      Par exemple si le journaliste qui interroge un homme politique semble douter de ce qu’il dit, nous doutons aussi. S’il semble l’accepter, nous l’acceptons aussi. Ce qui explique pourquoi les politiciens sont si impliqués dans le choix de ceux qui les interrogent en public. Dans un registre plus trivial, c’est le principe des shows comiques filmés devant des audiences, y compris les séries TV.

      Ce qui, au passage, génère une proximité qui n’existait pas avant la mise en scène destinée à favoriser cette identification… La simplicité se travaille, la proximité aussi !

      Enfin au sujet du rôle clé des handicapés moteurs, c’est certain – et un argument de plus pour en faire toujours une priorité. Une autre perspective pour faire naître l’innovation par la contrainte avec de nombreuses retombées pour l’ensemble de la société. Après tout, il n’y a pas que la NASA…

      EDIT : A propos de proximité et d’influence, un article intéressant sur le Friendcasting : un message de satisfaction d’utilisateur lié à une expérience produit sur Facebook ou Twitter est quatre fois plus cliqué qu’un message publicitaire (ici Intuit et leur logiciel TurboTax)… Sans parler du buzz que ça provoque sur La Pensée Multiple ! ;D

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  6. Laurie says:

    J’avoue ne pas avoir pris la peine de lire tous les commentaires postés sur cet article, veuillez donc m’excuser au cas où ma remarque aurait déjà été formulée par quelqu’un d’autre…

    Je tenais juste à dire qu’il y a, d’après moi, une nette différence entre ce qu’est la simplicité et tout ce qui est simplifié. Si nous vivions réellement de simplicité, nous n’aurions nullement besoin de choses faites pour nous simplifier la vie.

    Actuellement, nous cherchons à simplifier nos vies par rapport à un certains chaos que nous avons créer nous-même. Simplifier nos vies pour nous extraire du « chaos » n’est pas synonyme de simplicité. Pour moi la simplicité est « l’absence de… »

    Pour vivre simplement, il suffit de ne pas être surchargés d’informations et de tâches qui peuvent être simplifiés par tels objets, ou concepts etc.

    Pour vivre simplement, il faut, simplement, être moins chargées d’informations et de tâches en tout genre et ne garder que celles essentielles à notre vie et à notre épanouissement.

    C’est-à-dire se préoccuper d’assurer nos besoins vitaux (de manière simple, avec un retour à la nature… Par exemple en cuisinant soi-même avec de bons produits dont on connaît la qualité des ingrédients et non en hésitant sur 10 boîtes de biscuits différentes au supermarché)

    Et enfin s’assurer de notre réel épanouissement. Un épanouissement de l’esprit délivré de tout besoin matériel superflu. Un épanouissement de l’esprit qui se caractérise par la paix intérieure et la joie, éventuellement de l’amour etc. La paix intérieure est un état d’esprit. La joie aussi. La joie issue des rires, d’un rayon de soleil… Des toutes ces choses simples, basiques, gratuites…

    La simplicité ce n’est pas se simplifier la vie. C’est vivre de manière simple.
    Et c’est tout un art. J’entends par là que pour nous, occidentaux, ce n’est pas une chose évidente. Mais si l’on traverse les frontières, une simplicité de vie existe.
    Nous pensons parfois que nous serions incapables de vivre comme certaines personnes vivant avec beaucoup moins de moyens que nous… A l’inverse, certaines de ces personnes pensent qu’elles seraient incapables de vivre comme nous, dans ce « chaos » et avec toutes ces choses et ces concepts faits pour nous simplifier la vie mais pas pour faire d’elle une vie réellement simple.

    Répondre
    • Brice says:

      Bonjour Laurie,

      un mot pour te remercier tout d’abord de ton intérêt et de ce commentaire, ainsi que du message que tu m’as envoyé. Il m’a beaucoup touché et je prends le temps d’y réfléchir pour y répondre.

      Ton commentaire sur ce post me rappelle un passage du « Plaidoyer pour le Bonheur » de Mathieu Ricard, dans lequel il illustrait la notion de sagesse et d’aptitude au bonheur en décrivant la réaction de deux amies un jour de pluie. L’une d’elles était de mauvaise humeur à cause des éclaboussures et l’autre de bonne humeur car la pluie avait fait retomber la poussière et rendu le ciel plus lumineux… Une réalité peut créer tellement de perspectives ! Autant que d’êtres humains j’imagine.

      Je me demande si vraiment nous pouvons retourner à la nature ou à la simplicité ? N’est-ce pas un projet constant de l’humanité ? Beaucoup de textes datant de l’antiquité ou du moyen-âge, en occident comme en Asie, évoquent ce désir de calmer le chaos du monde extérieur. Ce qui me laisse penser qu’il n’est pas tant lié à la civilisation ou à la technologie qu’à notre propre nature, quelles que soient les époques et les latitudes.

      Levi-Strauss décrit dans ses carnets de voyages parmi les tribus de la forêt amazonienne des situations d’une grande complexité, à la fois technique (maintenir un feu, exécuter un rituel, dessiner un tatouage, etc.) et humaine (le pouvoir, la connaissance, la reconnaissance…) auquel il ajoute par sa propre présence une dimension presque mystique pour eux !

      Mais qu’il soit devant ou derrière nous, au fond peu importe… Le désir de simplicité, qui s’exprime souvent par l’évocation de l’harmonie naturelle entre le monde et soi, est puissamment ancré en nous et dans la vie animale aussi. Car quand je vois mon chat s’allonger dans un rayon de soleil et plisser les yeux, je me dis qu’il pense exactement comme toi ! ;)

      Ce qui me fait réaliser la chose suivante : peut-être pouvons-nous « apprivoiser » la simplicité. La rendre plus proche, plus familière à force de la côtoyer comme nous ferions avec un animal un peu sauvage. Un retour ici et maintenant, plus encore peut-être qu’à un ailleurs très loin ou un passé ancien ou perdu… Tant qu’il y a de l’air qui entre et sort de nos poumons, une simplicité première et inaliénable s’offre à nous à chaque instant. Prendre le temps de respirer, en quelque sorte ! :)

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  7. Laurie says:

    J’admire la technologie, je trouve cela formidable, à condition de ne pas oublier ce qu’on faisait avant elle.

    Répondre
  8. michele says:

    Retour à la simplicité.!!!
    .après tant de détours sur la complexité, pour appuyer ce que disait Brice en 2011 : on parle maintenant- c’est « à la mode » de « biodynamique » à propos du vin…cueillir à la lune montante -ou la pleine lune, je ne sais plus- les grappes, etc…On devait faire ça il y a 1000 ans, et au temps de Bacchus…retour aux sources….

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