Vers un média universel ?

06 Nov
6 novembre 2010

En lisant, le mois dernier, l’édition digitale du magazine américain Wired sur mon iPad (oui je sais, je suis un geek), j’ai soudain réalisé que je pouvais éditer un des articles, renvoyant à une base de connaissances en ligne ! Un de ces fameux wikis dont on parle beaucoup, mais qu’on voit encore assez peu, sous l’ombre du géant Wikipédia. Cet article concernait un sujet qui me passionne : la photographie numérique et, dans ce cas précis, les prises de vues de couchers de soleil.

Or il manquait, à mes yeux, une explication sur une technique appelée HDR, permettant de gérer la soleil de face, ce qui est très utile pour ce type particulier de prises de vue. Vous y trouverez donc dorénavant ma contribution, accréditée à la fin de l’article. J’ai pour cela corrigé la table des matières, respecté les autres auteurs et leurs apports respectifs, rédigé quelques paragraphes complémentaires en téléchargeant deux photographies en guise d’exemples, et légèrement modifié la conclusion de l’article afin que le résultat final soit le plus complet et le plus fluide possible pour le lecteur.

Chaque lecteur est un journaliste

Une des deux photographies illustrant ma contribution au wiki du magazine Wired

C’est alors que j’ai réalisé cette chose incroyable : je venais de devenir journaliste pour l’un des magazines que j’apprécie et que je respecte le plus au monde (je vous avais dit, je suis un geek) ! Ce qui me fait repenser à cette analyse du journaliste et auteur américain Jeff Jarvis, spécialisé dans l’analyse des réseaux sociaux et du web 2.0, qui écrivait il y a quelques mois dans son blog : « Dans une économie du lien, la valeur vient des créateurs de contenus et des créateurs de liens. Il n’y a pas de valeur associée à la reproduction du contenu. » Créateurs, (re)producteurs et destinataires : dans cette relation à trois, mieux vaut donc être l’un des deux !

Car, contrairement à une idée largement répandue, la révolution numérique ne nuit pas aux artistes ou aux auteurs. Elle leur profite, au contraire, en leur permettant à la fois d’accéder à des ressources inédites et de diffuser leurs idées ou leurs œuvres plus largement que jamais auparavant. Il en résulte une forte croissance des droits d’auteurs et des revenus liés aux performances publiques, comme le démontrent par exemple les statistiques récemment publiées par l’industrie du disque britannique.

Les missions font les missionnaires, les fonctions…

La révolution numérique ne nuit qu’aux distributeurs de supports physiques, et uniquement à ceux qui résistent au changement en cours, au lieu de saisir cette opportunité historique comme le fait si bien Wired. L’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire aura été donné par les éditeurs d’encyclopédies. Étrillés une première fois pour n’avoir pas saisi l’opportunité des CD-Roms et des DVD (Encyclopedia Britannica repose en paix : 1768 – 1996), ils accomplissent quelques années plus tard l’exploit de subir une seconde vague de faillites pour avoir raté le virage des wikis (Microsoft Encarta repose en paix : 1993-2009) !

Concentrés sur leur fonction respectives d’éditeurs de livres et de producteurs de DVD, ils ont oublié leur mission première : favoriser la conservation et le développement du savoir humain, et cela par tous les moyens à leur disposition. Ce travers n’est pas propre à l’édition encyclopédique. On peut, par exemple, se demander quand et pourquoi les opérateurs de chemins de fer ont abandonné leur mission de transport des passagers et des marchandises aux compagnies aériennes, et pour quelle étrange raison ce n’est pas la SNCF qui opère le nouvel Airbus A380. Mais il reste encore des trains en circulation, tandis qu’on ne voit plus beaucoup de rangées de volumes encyclopédiques dans les bibliothèques des particuliers.

La révolution numérique : chance ou malchance ?

Les distributeurs de produits culturels subissent en fait le changement comme les animaux de La Fontaine subissaient la peste : « Ils ne meurent pas tous, mais tous sont frappés » ! Le leader mondial de la distribution de DVD, l’américain Blockbuster, a ainsi déposé son bilan en septembre dernier et pour les mêmes raisons qu’Encyclopedia Britannica en 1996 ou Microsoft Encarta en 2009 : l’incapacité à saisir l’opportunité de la révolution numérique. En l’occurrence la Vidéo à la Demande, abandonnée en Amérique à Netflix et dans une moindre mesure à iTunes.

Le groupe Vidéo Futur, équivalent français de Blockbuster, ne survit d’ailleurs pas grâce à ses automates bon marché où à sa conversion (tardive et ratée) à la diffusion sur Internet. Il survit parce qu’il est protégé par l’industrie du cinéma et par le gouvernement, qui ont fait voter la loi Hadopi, et parce qu’il n’existe pas à ce jour d’offre de téléchargement légale digne de ce nom en France.

A qui profite ce double crime économique du protectionnisme et de l’immobilisme ? Ni aux artistes du cinéma, qui y perdent à la fois de la diffusion et des revenus, ni au public qui a le choix entre le téléchargement légal de quelques films doublés et en basse définition ou l’infraction à la loi. Ceux qui pensent profiter de cette situation sont les distributeurs, et ils ont tort. Car toute l’énergie qu’ils fournissent à retarder l’inévitable transition vers la diffusion du cinéma sur Internet, ils la gaspillent sur un combat d’arrière-garde alors qu’ils devraient rêver d’avenir et inventer un Netflix français, fournisseur universel garant de la qualité et de la diffusion des œuvres.

Les nouveaux médias universels

En attendant ce dénouement improbable, deux tendances se dessinent donc. D’une part les blogs fleurissent (70 000 nouveaux blogs sont ouverts chaque jour dans le monde), YouTube établit de nouveaux records (un milliard d’abonnements atteints en octobre 2010) et Facebook est devenu la première source d’information de plus de 500 millions d’utilisateurs.

Or les nouveaux lecteurs comme Flipboard transforment de manière saisissante sur iPad l’ensemble de ces réseaux sociaux et des flux RSS des blogs en un somptueux magazine interactif à la pagination soignée ! Après avoir délogé de leur piédestal les experts des encyclopédies, les producteurs de contenu privés s’attaquent donc au journalisme, à la télévision, à la musique, au cinéma…

Inversement, le courrier des lecteurs des grands magazines s’est transformé en commentaires sur les sites web puis en wikis dans les pages des éditions numériques. Étant devenu moi-même journaliste pour Wired (pas tout à fait, je sais) je me prends à rêver : et si la fusion de ces deux tendances nous offrait bientôt un média universel, intégrant toutes les formes d’expression culturelle (écrit, photographie, vidéo, cinéma, etc.) avec un contenu accessible selon l’intérêt du sujet pour chacun de nous (Amazon), l’expertise de l’auteur (Wikipédia), notre degré d’affinité avec lui (Facebook), le vote des autres lecteurs (Digg) et tout cela en intégrant une part de proposition libre pour nous surprendre (Chatroulette) ?

Et vous… De quels critères ou de quelles fonctionnalités aimeriez-vous disposer dans un média universel ? ;D

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13 replies
  1. Ghislaine says:

    Il faudrait que, selon l’endroit où je me trouve, il me propose des contenus de taille adaptée : par exemple, pour aller au travail, j’ai deux fois 10 minutes de métro. Les articles proposés par mon média universel pourraient prendre environ 8 minutes pour être lus… Ou alors me proposer une version audio pour quand je ne peux pas sortir mon iPad de mon sac !

    Une autre fonctionnalité qui pourrait être sympa serait d’avoir un mode « boulot », qui me renseigne sur les sujets qui m’intéressent sur le plan professionnel et que je pourrais donc consulter au travail, et un mode « perso », avec les sujets qui m’intéressent à titre personnel.

    J’adorerais aussi avoir un média qui me permette de voir ce que mon mari lit, ça pourrait me donner des idées pour les cadeaux de Noël… :)

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    • Brice says:

      En faisant « l’avocat de l’ange » avec ton idée, je pense à un média qui s’adapterait à mon humeur. Une collection de smileys pour distinguer les chaînes et peut-être une légère adaptation du format « j’aime » actuel de Facebook vers « Je ris », « Je réfléchis », « Je suis surpris », etc.

      Aussi il y aurait sur ton second point une troisième chaîne intéressante : « le perso au boulot » sur tout ce qu’on peut faire pour améliorer sa vie et son rapport aux autres dans l’environnement professionnel ou toute information qui serait un trait d’union entre ces deux mondes parfois si brutalement séparés. Hmmm… par contre on oublie la chaîne « le boulot dans la vie perso » je pense ;)

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  2. Simon says:

    J’aime ton idée d’un contenu qui s’adapte à nos contraintes de temps ou d’espace, Ghislaine. Moi je voudrais une fonctionnalité  »petit déjeuner en douceur » pour avoir les infos le matin mais seulement les bonnes, pour commencer la journée avec le sourire !

    J’aime aussi me laisser surprendre et découvrir, au hasard d’un article, un sujet dont j’ignorais tout auparavant. Pour ne pas m’enfermer dans la lecture des sujets que j’aime uniquement, j’imagine une fonctionnalité « surprise du jour », qui me proposerait des articles sur le modèle « une page au hasard » de Wikipedia, voire à l’opposé de mes intérêts signalés.

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    • Brice says:

      C’est étonnant d’ailleurs cette dichotomie entre nos envies exprimées (recevoir de bonnes nouvelles pour être de bonne humeur) et nos envies objectives en tant que société (recevoir de mauvaises nouvelles et vivre dans la « défonce » du malheur des autres). Car si vraiment montrer des horreurs à la télévision ne faisait pas recette, je pense que TF1 aurait abandonné il y a longtemps.

      Je n’ai allumé la télévision cette année que pour regarder Masterchef, mais j’adore ton idée de média positif (un nouveau critère !) qu’il faudrait bien entendu garder impertinent, surprenant, et source de réflexion autant que d’émotion… Tu nous fais un blog sur ce thème en attendant ? :D

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      • Hallie says:

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  3. Eleonore K says:

    J’adore l’idée d’un journal qui me parle à l’oreille proposée par Ghislaine !
    Je rebondis : plutôt que la radio, qui ne délivre pas une info assez fouillée à mon goût mais qui est bien pratique, je voudrais le contenu du Monde ou du Courrier dit par Dussolier… Et le Times dit par Clooney ^^ Le tout sur mon netvibes et recommandé par mes proches (je n’ai pas le temps d’écouter l’intégralité du Monde quotidiennement) !

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    • Brice says:

      Ce qui me fait d’ailleurs réaliser qu’il existe plusieurs sortes d’affinités… Notamment celle avec des personnes qui ne nous connaissent pas mais que nous apprécions néanmoins, ou que nous admirons comme Dussolier ou Clooney pour toi. Par exemple ce serait intéressant d’avoir accès à la partie « publique » de leur média universel : qui suivent-ils sur Twitter, quels articles lisent-ils et comment ces sources d’information les inspirent-elles ?

      Ils pourraient toujours garder une partie « privée » qui ne regarde qu’eux, ou qu’ils ne partagent qu’avec leurs proches. Quant aux journaux de George Clooney lus par George Clooney… What Else ?!? ;D

      Je profite de cette réponse pour dire que je suis 100% d’accord avec ton article Ciné, Cinémas sur l’importance de l’innovation (et de la remise en cause qui va avec…) dans le succès croissant du cinéma en salles.

      Ils sont un très bon symbole inverse de celui des encyclopédies, aussi bien sur la partie visible (3D, ouverture à d’autres médias comme les jeux vidéo, etc.) que sur la partie plus secrète pour nous mais tout aussi importante (production internationale, travail sur le long terme avec les artistes, etc.) !

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  4. Vina says:

    Nu inteleg de ce zice toata lumea ca e asa scump. Cel putin la produsele pe care le iau eu nu prea e diferenta la pret fata de supermarket si sunt muult mai ieftine decat la magazinele ‘de ca1irer&#82t7;. Poate-mi zice si mie cineva de un non-stop in Tractorul, ca eu am incetat sa mai caut…

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