Ce qui nous fait rêver…

28 Nov
28 novembre 2010

Les gouvernements se succèdent et nous annoncent à tour de rôle le même grand projet susceptible de soulever l’enthousiasme de la Nation : nous allons augmenter la fiscalité pour réduire la dette, lutter contre le chômage pour ralentir sa progression, réguler l’immigration et optimiser la semaine scolaire… Enfin, nous allons essayer, car il s’agit de sujets complexes, qui nécessitent des groupes d’experts !

Nous sommes décidément loin, bien loin, de Napoléon affirmant « On ne conduit le peuple qu’en lui montrant un avenir : un chef est un marchand d’espérance. »

Rêves oubliés à moitié pardonnés…

Transformation nécessaire de nos sociétés, désinvesties par le pouvoir politique afin de laisser libre cours à ses propres rêves ? Admettons… Sans doute les hommes d’État ont-ils trop rêvé de régimes absolus, de colonies lointaines, de conquêtes spatiales et de nouvel ordre mondial. Car, telle la peau de chagrin, ils ont entamé avec chacun de ces espoirs déçus la matière même dans laquelle leur idéal prenait corps : notre confiance en eux pour nous guider vers l’avenir. Mais alors, de quoi rêvons-nous ?

Les trente glorieuses ont rêvé de consommation de masse sous perfusion de rêve américain, mais Georges Bush a poignardé Mickey Mouse en plein cœur (de Bagdad). Notre amour ne sera plus jamais le même. Et la relève est incertaine. Le règne annoncé de la Chine n’est pas porteur, loin s’en faut, d’un « Chinese way of life » qui fasse vibrer nos cœurs. L’euphorie de la cérémonie d’ouverture de JO de Pékin est bel et bien passée. Car en ouvrant les portes de Foxconn, la nouvelle « super-puissance » nous tend le miroir obscur de notre utopie technologique. Les enfants rêvent d’un iPad pour Noël mais il sera fabriqué en enfer.

Eros et Thanatos

Nous n’irons donc pas au cinéma chercher dans les « Eastern » la suite des « Western », mais nous ne resterons pas non plus à la maison rêver devant les infos de 20h. Car si les français passent en moyenne 3h55 par jour à regarder la télévision, c’est essentiellement pour s’y exposer à deux types de bombes : incendiaires sur les places de marché du moyen-orient aux heures de foule et érotiques à partir de 23h quand les enfants dorment. Rêvons-nous donc d’Eros et Thanatos – pulsion de vie et pulsion de mort annoncées par Baudelaire et confirmées par Freud ?

Ce sont deux piliers historiques de l’innovation, à travers notamment (mais pas seulement) la recherche militaire et le déploiement des technologies de masse. A la guerre nous devons l’énergie nucléaire, le GPS qui guide nos voitures et le café lyophilisé. Au désir nous devons la photographie, la vidéo et aujourd’hui Internet, tous trois portés dans leurs premières années par l’argent « rose » (on dit « blue » en anglais, alors la véritable couleur de l’argent reste un mystère…).

Les marques ont essayé (et essaient encore) de nous faire rêver mais Culture Pub c’est bien fini, et nous sommes lassés d’être réduits à l’état de « cibles » définies à partir de 5 critères seulement. Pour rappel : l’âge, le sexe, le lieu d’habitation, la profession du chef de famille et le niveau de revenu. D’ailleurs la seule marque qui me fait sourire ces derniers temps c’est Michel et Augustin, quand ils écrivent sur leurs paquets de biscuits « Nos nutritionnistes en blouses ultrablanches, en collaboration avec la NASA, ont mis au point… Stop ! Arrêtez les salades ! »

Des fantasmes inavouables à la télé réalité

En fait, les rêves préfabriqués du porno ou de l’industrie agro-alimentaire sont dérisoires, et brûlent dans notre imaginaire comme la paille dans l’âtre : sans y laisser de braises. Nos véritables rêves érotiques occupent une grande partie de nos pensée, mais ils sont « cette zone de notre univers mental que nous cachons souvent à notre conjoint, à nos amants, à nos amis, à notre confesseur, y compris, parfois, à nous-mêmes », comme l’écrit Brett Kahr dans son Livre des Fantasmes (Je sais, il est épuisé chez ce vendeur mais c’est tellement plus intéressant de repartir de là que d’Amazon ou de la FNAC…).

En passant du non-dit des fantasmes inavouables à l’exhibition des désirs politiquement correctes, il y a la « télé-réalité » et ses millions de spectateurs qui rêvent par procuration… de quoi ? Certainement pas de la réalité. Car loin d’être des documentaires, ces émissions sont savamment mises en scène. Résultat officiel en prime time et coulisses en éditions spéciales sur le câble ou plus tard dans la nuit. Et de quoi (donc…) rêvent les participants ? D’utiliser la gastronomie comme dans Masterchef, la chanson comme dans La Nouvelle Star ou l’aventure (mais la petite) avec le Bachelor pour échapper à leurs vies de Chefs de Rayon, d’Employés de Banque ou de Maquilleuses en Salon. C’est à dire qu’ils rêvent de s’évader de leurs cauchemars.

En cela, ils symbolisent finalement à la perfection l’esprit « Anti » qui semble régner ces derniers temps, faute d’imaginer autre chose. Anti-Sarkozy (à tout seigneur…), anti-OGM, anti-capitalisme, anti-SIDA et anti-crise. Dis-moi qui tu hais, je te dirai ce dont tu rêves… Malheureusement, le socialisme, le bio, les manifs et les grands groupes pharmaceutiques ne font pas plus rêver que l’alignement de la fiscalité française sur l’Allemagne, la fameuse nouvelle solution anti-crise.

Les rêves nocturnes sont aussi sur internet

Et pourtant, nos rêves sont tellement nécessaires à notre vie que nous en faisons toutes les nuits ! Vous voulez savoir de quoi nous rêvons, au sens propre ? Il existe un site pour cela, comme pour tout… Il s’appelle REM Cloud et repose sur un réseau social identique à Twitter, par lequel 6 millions de membres inscrits racontent quotidiennement leurs rêves, en quelques mots, au réveil.

Vous pouvez y apprendre à quoi rêvent vos amis (s’ils le souhaitent), qui rêve de vous (!) et de quoi rêvent l’ensemble des membres, grâce à l’analyse statistique des mots utilisés. Aujourd’hui, par exemple : la Corée du Nord (merci le journal de 20h sur les tirs de missiles), suivi de Noël (merci Coca Cola) et de Harry Potter (merci JK Rowling !!!). Ce qui nous rappelle qu’un bon écrivain peut lutter contre une dictature jusque dans notre inconscient…

Quand tous les autres rêves auront disparu et qu’il n’en restera qu’un…

Enfin nous pouvons chercher les rêves avec un peu de rigueur scientifique ! Le mot le plus recherché sur Internet est « sex » mais « love » n’est jamais bien loin derrière, comme le démontre cette requête sur Google Trends. Et qui sait si les personnes qui cherchent « sex » ne confondent pas un peu et cherchent en fait « love ». Remarquez d’ailleurs que le second graphique (celui des articles indexés sur Google News) donne l’amour deux fois plus fort que le sexe : un sujet d’actualité, en quelque sorte !

Mais en fait, Google est trop récent pour nous donner de VRAIES tendances, alors regardons plutôt les titres des chansons populaires, comme l’a fait Pitch Interactive, depuis… 1890 ! A cette époque les mots les plus utilisés étaient « mon », « vieux », « toi », « nouveau » et… « oncle » ! l’Amour fait une timide apparition entre 1900 et 1910 et grimpe progressivement pour ne plus jamais quitter le haut du podium depuis 1950 !

Peut-être fallait-il que nous perdions tous nos rêves d’enfants, dictés par la politique, les puissances militaires, les marques et les révolutionnaires pour finalement nous rendre compte qu’il n’y a qu’un seul rêve, inaliénable et universel, qui nous concerne individuellement dans la quête de l’âme sœur et du bonheur familial, traverse la barrière des espèces animales avec nos compagnons chiens et chats et s’étend à toute l’humanité à travers le développement durable et le commerce équitable : l’amour !

Où peut-être est-ce simplement moi… Après tout, comme disait Kant : « Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais tel que nous sommes » et moi qui suis très amoureux, je ne rêve que de ça ! Et vous, qu’est-ce qui vous fait rêver ?



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4 replies
  1. Eleonore K says:

    Je ne pouvais pas ne pas réagir ^^ Je crois même que je vais rebondir sur mon blog !
    Les marques ont-elles cessé de nous faire rêver ? Oui, sans doute, mais après avoir beaucoup entraîné les consommateurs vers des univers « aspirationnels » loin de leur quotidien, le marketing (qui suit et renforce des tendances sociologiques profondes) revient à la réalité des gens, à leur quotidien, leur corps, leur maison, leur famille, leur planète. N’est-il pas temps de faire face à la réalité et à nos responsabilités envers elle ? De réfléchir à ce qu’il y a réellement dans les petits pots de nos enfants au lieu d’acheter un packaging qui leur plaît ? De faire du yoga plutôt que de soupirer devant les magazines ? Les marques, comme chacun d’entre nous, doivent devenir plus responsables, et se raccomoder avec la réalité. Car quand l’écart entre rêve et réalité est trop grand, on devient fou. (Et non le contraire). Et il est nécessaire d’être en accord avec soi avant de chercher l’Accord avec l’Autre, non ?

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  2. Huguette93 says:

    Bonjour, Je voudrais concevoir un journal pour mon entreprise mais c’est un domaine trop flou pour moi. Des potes ont travaillé avec profil design designé comme créateur de magazine ipad et me recommande grandement cette agence. Il n’y a pas de réalisation de magazine sur leur site donc j’aimerais avoir votre avis pour poser les bonnes question si je les appels. Étant donné que c’est la première fois que je fais réaliser un magazine est ce qu’il y a des pièges à éviter ? j’avoue que c’est encore vague pour moi et j’aimerais éviter de jeter de l’argent en l’air. Merci d’avance =)

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