Que le Rire soit avec vous

14 Oct
14 octobre 2010

J’adore les making-of ! Par exemple, je lis toujours (et en entier) les jaquettes des CD expliquant l’origine et l’histoire de la création des opéras, et j’ai vu l’intégralité des versions longues du Seigneur des Anneaux deux fois : une fois avec la bande son originale et une seconde fois avec les commentaires du réalisateur Peter Jackson et des comédiens.

Ce qui m’a valu de me jeter, dès sa sortie avant-hier, sur le making-of définitif d’un des films phares de ma génération : l’Empire Contre Attaque ! Et parmi toutes les informations passionnantes sur le film, et surtout sur l’environnement et le processus créatif qui ont abouti à ce chef d’œuvre, il y en a une qui m’a fait beaucoup rire… Puis qui m’a fait beaucoup réfléchir. Un enchaînement naturel, d’ailleurs.

Parmi toutes les options considérées pour créer le personnage de Yoda, il a longtemps été envisagé de faire tourner un nain (ou un singe !) dans un costume avant de finalement recourir aux talents du marionnettiste de Piggy la Cochonne dans le Muppet Show : Frank Oz ! Et celui-ci prépara une petite surprise à l’attention de Mark Hamill, le comédien jouant le rôle de Luke.

Piggy et Yoda

Piggy et Yoda : deux des créations
du génial marionnettiste Frank Oz !

Lors de leur première rencontre sur le tournage, Yoda délivre une de ses phrases de sagesse : « Feel, not think! » et au moment où Luke entame sa réplique pour expliquer qu’il essaie de ressentir les choses… Piggy saute de derrière un meuble dans l’appartement du vieux sage, se plante devant lui et lui lance : « Ressentir ? Tu veux ressentir ? Viens donc derrière le sofa et je vais t’en faire ressentir des choses moi, punk. Mais qu’est-ce que c’est que ce trou ? On m’a déjà fait jouer sur des plateaux miteux, mais une poubelle comme celle-là, jamais. Donnez-moi un téléphone que j’appelle mon agent ! » Et la Cochonne de disparaître dans un tourbillon de feuilles et de mousse en laissant tout le plateau hilare.

Moi-même, je n’ai pas pu m’empêcher de rire en le lisant, trente ans après. Cette anecdote n’avait jamais été racontée, et elle me rappelle à quel point il est important de rire, même (et surtout ?) quand on produit un film qui coûte des centaines de millions de dollars, qui a déjà largement dépassé son budget et son planning, dont tous les comédiens sont tombés malades ou ont été blessés au moins une fois et qui ne tient plus qu’à un fil après l’incendie des studios.

Pourquoi le rire est-il si mal compris et si peu toléré dans les environnements de travail ? Pourquoi certains managers froncent-ils encore les sourcils en entendant rire et demandent-ils de se « remettre au boulot » s’ils en ont l’autorité ? Pourquoi faut-il qu’une fois sur deux, lorsque j’anime un groupe de créativité avec des jeux et dans la bonne humeur, quelqu’un se tortille sur son siège et me demande de fermer la porte ? Si le rire était aussi inutile et dangereux, serait-il aussi répandu ? Nous ferait-il autant de bien ?

A l’origine, nous partageons le rire avec la plupart des primates : en montrant nos dents et en poussant de petits cris, nous avertissons nos congénères que si nous leur sautons dessus pour les mordre, ce sera un jeu social. Et puis, au fil de l’évolution, le rire est devenu chez l’homme le marqueur plus global d’un changement de perspective.

C’est pour cela que nous ne pouvons pas nous empêcher de rire, malgré toute notre bonne volonté, lorsqu’un inconnu s’étale de tout son long dans les escaliers du métro. Nous changeons de perspective et c’est le début d’une libération de l’intelligence, de l’apparition des idées… Concevoir des escaliers musicaux (voir vidéo ci-dessous), organiser un concours de chutes spectaculaires avec des judokas dans le jury (et en déduire des règles simples pour éviter aux personnes âgées de se casser le col du fémur) ou simplement trébucher devant un enfant pour l’entendre demander « Encore ! »

Piggy, Yoda et moi nous n’avons qu’une chose à dire pour conclure cette note : Que le Rire soit avec vous… ;D

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9 replies
  1. Ghislaine says:

    Peut-être le rire au travail est-il une forme d’exclusion? Quand, concentré sur un dossier, j’entend rire, mes pensées vont selon le plaisir que j’ai à mon travail: plus je suis stressée et moins je comprend le rire, moins je le tolère, comme un miroir qui me renvoie à mon fardeau. Si au contraire je suis sur un dossier intéressant, le rire m’indique une ouverture d’esprit, une disponibilité où je pourrai partager mes idées, les faire grandir. Le rire comme baromètre de notre santé professionnelle?

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    • Brice says:

      Peut-être aussi comme baromètre de notre confiance en nous. Il y a des personnes qui pensent à chaque fois qu’elles entendent des gens rire que c’est d’elles qu’ils rient.

      De façon plus générale, c’est vrai que le rire peut avoir plusieurs visages : joyeux, moqueur, nerveux… Et qu’il peut inclure ou exclure. Un « Côté Obscur » du rire dont il faut apprendre à se protéger… Décidément, Yoda et Piggy ont encore du boulot ! ;)

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      • Crissy says:

        Hei – spennende med nytt kjøkken, Sølvi – gleder meg til Ã¥ følge prosjektet – utrolig hvordan det blir rot overalt nÃ¥r man holder pÃ¥ med oppussing. Vi holder pÃ¥ Ã¥ male tak og vegger pÃ¥ et lite gjesterom – men selv det mikro-prosjektet genererer utrolig mye kaos:)Flott nytt hea):ngsbildeidGod søndagskveld – klem fra Bente.

      • http://www.preiswertkreditangebote.pw/ says:

        immediately and try.The proper authorities needs to do what he is illegal second reporting it or not fix it is the problem after it or not fix the incident and he has gun and quietly and third at that time of the best course of his actions is in charge like it is to be done immediately.The best course of his actions is to be done immediately and following thru with the problem after all remember he is to do what.

  2. Dominique says:

    Les médecins semblent avoir bien compris la puissance (la force ?) qui se cache dans le rire. Les clowns dans les hopitaux pour enfants en sont un témoignage. J’ai une anecdote d’enfance à ce propos. Un certain Bourvil, déjà rattrapé par le vilain crabe qui nous prend tellement de gens ces dernières semaines, venait régulièrement aux séances de soin à Villejuif. Ma tante, qui partageait ce funeste privilège, me racontait que la salle d’attente s’éclairait à son arrivée car il ne cessait de faire le pitre et d’apporter ainsi quelques rayons de soleil dans ce lieu essentiellement lugubre !

    A part cela, et concernant le marionettiste dont j’ignorai totalement l’existence cachée derrière Yoda, je n’ai qu’une chose à dire : un vrai magicien …

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    • Frédérique says:

      Le rire est pour ma part un élément essentiel de concentration. En classe, je me suis toujours assise à côté de copains drôles qui faisaient souvent les clowns au grand désespoir des profs. Et pourtant, le moment du rire était, et reste, un moment où ma mémoire fonctionne en accéléré. Comme si le rire jouait une rôle de fixatif… y-t-il un chercheur en ligne pour expliquer ce phénomène?

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      • Brice says:

        J’ai lu une étude un jour sur le phénomène de concentration lié au dessin : les enseignants ont tort d’en vouloir aux élèves qui font des petits dessins, car ça les aide à focaliser leur attention et à mieux recevoir l’enseignement même s’ils n’en ont pas l’air !

        D’ailleurs ça m’a fait du bien rétrospectivement pour toutes les fois dans ma vie où j’ai dû faire une présentation et la personne en face gribouillait sur son cahier… ;)

        Peut-être le rire joue-t-il un rôle similaire ? En maintenant notre esprit en éveil et notre intelligence en état d’alerte sur la nouveauté, il créé les conditions psychologiques d’une meilleure compréhension et assimilation ?

        Et en effet s’il y a un chercheur sur le rire qui lit ces lignes… Qu’il se signale ! Il sera toujours le bienvenue par ici… :D

  3. michèle says:

    Mais, mais…personne ne parle de Bergson???? Qui a écrit sur le rire tout un livre, qui « fait référence » pour ceux de ma génération!!!
    Quant à moi, quand je n’ai pas pu rire, j’ai pratiqué l’humour ( ça sauve de bien des situations, disait déjà ma mère, qui le pratiquait abondamment ). A ne pas confondre, bien sûr, avec l’ironie.. Sur la différence entre ces deux attitudes, lire la superbe analyse d’André Comte-Sponville in « Petit traité des grandes vertus ». Le dernier fou-rire partagé avec Brice montre assez comment on peut « évacuer » une seconde de tension (il s’agissait de monter un escalier, les bras chargés par un énorme plateau de fruits de mer, avec une épaule en difficulté et l’autre assez inquiète de ce qui l’attendait).
    Et Vauvenargues (un sacré pessismiste) : « Il faut rire avant d’être heureux, de peur de mourir sans avoir jamais ri ».
    allez, bonne journée, oui, que le rire soit avec vous!!!!!

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  4. Michele garry says:

    Aaaaah, l humour, ça sauve de pas mal de situations critiques, je le répète. Et quand on a la chance de le pratiquer avec des amis sincères, ou des personnes très proches, c est génial!!
    S mile or Die!!!

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