J’aurais pas dû sécher l’école buissonnière

23 oct
23 octobre 2010

Je reçois ce matin sur Facebook un message d’une de mes anciennes élèves de Sciences-Po : « Bonjour Brice, ci dessous un lien qui m’a fait penser au cours d’innovation de l’année dernière, en espérant que ça puisse vous servir ». Elle a bien fait car rien ne pourrait me faire plus plaisir ! Et pour au moins trois raisons :

1. C’est toujours agréable de rester en contact avec ses anciens élèves (vive Facebook pour ça)
2. C’est encore mieux quand ils repensent au cours spontanément… et si possible en bien ;D
3. Enfin et surtout, son lien renvoie vers une passionnante conférence illustrée de la Royal Society of Arts sur l’éducation !


L’école et l’imagination

Et en effet, son lien m’aura servi et inspiré quelques idées que je partage ici. Car l’école, n’est-ce pas le premier lieu où devraient circuler les idées ? Or le conférencier, Sir Ken Robinson, exprime avec clarté et lucidité les doutes que je ressens depuis des années sur notre manière de recevoir d’abord, puis de conduire ensuite l’éducation.

Il évoque notamment l’échec de l’école à transmettre aux élèves la pensée divergente, cette faculté à ouvrir le champ des possibles qui est au cœur de l’enseignement de l’innovation et que je m’efforce de pratiquer quotidiennement avec mon entourage, mes collaborateurs, mes élèves… et vous ! Ce qui pose cette question fondamentale : Peut-on enseigner la pensée divergente à l’école ?

Apprendre seulLa principale faute de l’éducation traditionnelle est, à mes yeux, l’inadéquation entre un enseignement basé sur la mémorisation individuelle de l’information d’une part, et une société basée sur la collaboration et une information (sur)abondante d’autre part.

Au lieu d’interdire de regarder la copie du voisin, les enseignants devraient l’exiger ! Ce serait l’occasion de partager des idées avec le voisin, et d’enrichir les deux copies… en même temps que la relation entre les deux élèves. Ce que ferait d’ailleurs n’importe quel adulte sensé face à un problème difficile à résoudre, pour peu que l’école ne lui ait pas trop inculqué de mauvaises manières.

Et plutôt que de faire réciter des dates en histoire, des équations en mathématiques et des citations en philosophie, ne serait-il pas plus enrichissant de commencer par quelques cours croisés sur l’histoire des mathématiques suivis d’une discussion entre élèves animée par le professeur de philosophie ? Comprendre et vouloir, avant de pratiquer…

J’aurai pas dû sécher… Quoi donc, d’ailleurs ?

J’aime beaucoup cette phrase du poète anglais William Butler Yeats : « Éduquer, ce n’est pas remplir un seau d’eau. C’est allumer un feu. » Or à l’école on apprend surtout, au propre comme au figuré, à ne pas jouer avec le feu. Ce qui me rappelle cette anecdote au sujet de mon éditeur Dunod, qui envisageait il y a quelques années de produire une collection concurrente à celle des célèbres livres jaunes et noirs pour les nuls. Elle se serait intitulée « J’aurai pas dû sécher… » et ensuite le nom du sujet concerné.

Aller à la rencontre du monde...Ma responsable éditoriale me contacte et me dit qu’elle me verrait bien écrire un des livres de cette collection, mais qu’elle ne trouve pas le nom du sujet qui correspondrait à l’innovation. Difficile en effet, dans une société qui n’a pas encore complètement intégré le fait qu’il s’agit d’un enseignement à part entière ! Je lui réponds : « J’aurai pas dû sécher l’école buissonnière ». Silence, puis un petit rire courtois.  « Non… sérieusement ? » Si. Sérieusement. Et voilà pourquoi.

Il n’existe plus de compétence acquise à l’école pour la vie. Même l’orthographe change ! Et les élèves eux-mêmes ne souhaitent plus exercer la même activité durant quarante ans comme c’était le cas de nos grands-parents. Le changement est devenu la règle de notre monde et s’il faut « le prendre par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge » selon le bon mot de Churchill, la première des qualités est la transgression.

Or faire l’école buissonnière est un acte d’audace radical, qui défie en bloc toutes les règles élémentaires de l’éducation. Le plus dur étant, comme pour toutes les choses délicieuses, d’apprendre à le pratiquer ensuite avec beaucoup de modération… ;)

Apprendre à découvrir et s’étonner

Mais surtout, faire l’école buissonnière c’est sortir du bocal pour aller à la rencontre du monde. Se retrouver seul, en apesanteur, et décider de ses prochains pas, discuter avec le clochard qui demande une pièce, rêver sur les quais des rivières ou des bords de mer en regardant les bateaux et embrasser enfin, à l’abri des regards indiscrets et des froncements de sourcils, le garçon ou la fille avec qui l’audace de cette impossible évasion est devenue réalité. La rencontre, le rêve et l’amour ne figurent pas au programme de l’Éducation Nationale mais ils sont au cœur de l’apprentissage de la vie et se font obligatoirement « dehors ».

Quelques mots encore de William Butler Yeats pour conclure cette note, en l’occurrence la fin du poème He Wishes for the Cloths of Heaven :

Je voudrais déposer ces étoffes à tes pieds :
Mais comme je suis pauvre, je n’ai que mes rêves ;
Alors j’ai déposé mes rêves à tes pieds ;
Marche doucement, car ce sont mes rêves sur lesquels tu marches.

Avons-nous vraiment déposé nos rêves aux pieds de nos enfants pour qu’ils puissent marcher doucement dessus, où reproduisons-nous un schéma périmé en industrialisant un enfant « matière première », quantifié du carnet de santé au carnet de notes pour aboutir un jour au carnet de chèques ? Passant d’une année à la suivante sous peine de redoublement, et découvrant cette mécanique binaire qui augure de ce que pourrait devenir sa carrière : « Up or out », comme on disait dans mon ancienne entreprise.

Well… Out ! :)

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19 replies
  1. Ghislaine says:

    J’ai le projet d’avoir des enfants bientôt, et je trouve les principes évoqués dans ton mail et dans la vidéo pleins de bon sens.

    Mais cela me laisse perplexe : existe-t-il une école qui propose ce type d’organisation ? Et si oui, préparent-ils au bac, aux études supérieures, à la vie « académique » qui, comme le reconnait l’auteur de la conférence, sont un passage quasi obligé aujourd’hui pour atteindre des postes à responsabilité dans les entreprises ?

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    • Brice says:

      Ah oui ? Combien d’enfants ? :D

      Il existe des écoles qui donnent beaucoup de place à la liberté de l’enfant et au travail de groupe, notamment Montessori. Il est aussi possible d’apporter aux enfants une perspective multi-culturelle en les confiant au lycée américain en France… où au lycée français en Amérique !

      Pour moi, rien ne vaut in fine une bonne soirée de discussion en famille pour brasser, avec un peu de philosophie, les mathématiques et l’histoire. Malheureusement, je ne suis pas sûr que toutes les familles souhaitent ou même puissent animer cet autre temps de la pédagogie le soir au coin du feu.

      J’imagine et j’espère enfin que les idées font leur chemin, et que ce qui est un rêve aujourd’hui sera une réalité demain pour nos enfants… ;)

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      • Dominique says:

        Il y a également les écoles bilingues comme les EABJM qui, sans être strictement des écoles Montessori, s’inspirent de ces approches. Anecdote personnelle, et quelque peu ancienne, lors de l’entretien préliminaire pour inscrire notre fils à l’EABJM la directrice a du nous parler 3mn en tout et pour tout et bavarder pendant 30 mn avec le fils montrant clairement l’intérêt porté aux enfants dans cette structure. L’année scolaire a été riche et fondatrice d’une ouverture aux autres et d’une curiosité intellectuelle très large. Un choix que nous n’avons jamais regretté à aucun moment !

      • Brice says:

        Merci Dominique pour cette précieuse référence et surtout pour ton témoignage. Par curiosité, combien de temps ton fils a-t-il passé dans cette école, lui-même qu’en pensait-il ?

        Leur site Internet donne vraiment un bonne impression qui complète agréablement celle que tu nous en transmets ! :)

      • Patrick says:

        Excellent article!

        Cela explique les heures interminables où je m’ennuyais sur les bancs de l’école. Ce que l’on m’apprenait n’était pas « apprendre » mais « répéter » l’existant. La créativité était rare, la coopération entre élèves inexistante (et on s’étonne des combats de coq dans les grands groupes français).

        Il en a été de même pour ma carrière, voie royale sans originalité aucune (bac scientifique avec mention, classes prépa, grande école, grande entreprise, management d’équipe) jusqu’au jour où j’ai décidé que cela devait cesser…et c’est là que la vie prend toutes ses couleurs, toute sa raison d’être.

        Pour rebondir sur les systèmes d’éducation alternatifs mentionnés ci-dessus, il y a l’excellent système d’éducation Waldorf (http://en.wikipedia.org/wiki/Waldorf_education ou encore: http://www.steiner-waldorf.org/pedagogie_steiner/principes.html) qui se centre sur les envies de l’enfant, sur ses centres d’intérêt plutôt que de l’uniformiser par un système d’éducation standardisé.

        Nous vivons je l’espère une époque ou l’école traditionnelle vit ses dernières heures dépassée par les nouvelles technologies où coopération, créativité, création de valeur, savoir sont accessibles à tous sous de multiples formes pour répondre aux spécificités de chacun.

        Bonne continuation, le site est super!

  2. Merlin Pin says:

    A 40 ans, senior, la boîte vous propose un bilan de compétences pour donner une nouvelle orientation à votre carrière… A 16 ans, votre père vous emmène voir un conseiller d’orientation pour analyser vos appétences et vous aider dans vos prochains choix… Et si ce dialogue se proposait plus tôt ?

    Une mère amène son enfant à Gandhi. Elle lui demande de lui interdire de manger des sucreries. Gandhi lui demande de revenir dans 15 jours, le temps qu’il réfléchisse. Deux semaines après, la mère revient et Gandhi dit à l’enfant : « arrête de manger des sucreries ». La mère l’interpelle : pourquoi avoir attendu 2 semaines et m’obliger à revenir, alors que vous auriez pu lui dire la même chose dès le début ? Et Gandhi de répondre : « oui, mais il y 15 jours je mangeais encore des bonbons ».

    L’éducation est une forme de domestication, pour reprendre l’image de Don Miguel Ruiz. Pour ne pas être puni ou être récompensé, l’enfant joue un rôle et prétend être quelqu’un d’autre pour faire plaisir aux autres. A force, il internalise ces croyances. Il lui faut du courage pour en changer et développer sa liberté personnelle. Volontairement ou non, les parents influencent les enfants. Alors, comme en management, veillons à montrer l’exemple !

    Répondre
    • Brice says:

      Ton commentaire me rappelle le pari pascalien : mets toi à genoux et prie, tu finiras par croire en Dieu… et par association cette phrase de Paul Valery sur le même sujet : « ce que l’homme a de plus profond, c’est la peau. »

      Mais peut-être existe-t-il deux exemplarités que nous pouvons distinguer. Khalil Gibran : « A vos enfants donnez votre amour mais pas vos idées. Car leurs idées appartiennent au monde de demain que vous ne pouvez pas visiter, même dans vos rêves. » (le Prophète)

      Et là, je me dis qu’il va m’en falloir de l’amour si je ne dois pas leur donner d’idées ! :D

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    • Patrick says:

      Tout à fait d’accord avec le terme de « domestication ». Voir mon commentaire ci-dessus.

      A+

      Répondre
  3. Nicolas says:

    Avec l’amour tu peux aussi leur apporter l’art de poser des questions et à développer toute leur vie le pourquoi ? pourquoi ? Pourquoi ? … de leur enfance

    Répondre
    • Brice says:

      On sent que tu maîtrises parfaitement la carte du Bébé du jeu Empathik… ;) Et oui, tu as complètement raison. Si quelqu’un écrit un jour le second tome du Prophète, je vote pour toi ! :)

      Répondre
      • Michèle says:

        Moi, je voudrais citer Luc Ferry (in « La révolution de l’amour » à lire..) : Certains pensent encore qu’on « passe à la télé » par copinage. Quelle blague ! Si l’on voit par exemple, un Jean d’Ormesson sur tous les plateaux lorsqu’il sort un nouvel ouvrage, ce n’est pas parce qu’il a du pouvoir sur les chaines ou des « copains » à l’intérieur de la place, c’est tout simplement parce que cet homme est l’un des plus sympathiques, des plus drôles et des plus intelligents qu’on ait vu dans le petit écran depuis qu’il existe et que tous les animateurs sensés se le disputent.

        Juste pour rappeler que oui, l’école buissonnière, mais aussi, la culture, la connaissance, d’abord la tige avant la feuille, Faire écouter du Bach à son enfant, lui mettre un livre en tissu entre les mains quand il est tout petit, lui lire des livres… Ca commence comme ça l’apprentissage. Il faut du Temps pour le pratiquer, comme les 30 minutes d’entretien citées ailleurs : le temps, c’est la valeur qui est la plus rare, par ces périodes où l’instantanéité gagne du terrain. Je souscris à « l’éternel retour » analysé par Luc Ferry comme une jouissance du temps présent, avec moins de regrets (passé) et d’espérance (avenir) : amor fati… Mais là, on se le donne, le temps, on se l’offre.

  4. batistin says:

    Juste une idée lancée dans le vent:
    Nous évoluons (ou stagnons!) dans un système où la réussite de sa vie est basée sur des critères actuellement fort contestés.
    En clair, tout notre mode de fonctionnement est à revoir, c’est une discussion permanente quant au bien fondé de nos aspirations.
    Le progrès et la croissance ne font plus bon ménage, c’est une évidence maintenant.
    Hors, autant que je m’en souvienne, l’école nous formait à être « de bon soldats ».
    Quand est-il aujourd’hui, quand les leçons apprises ne prennent pas en compte les changements à venir.
    Que pouvons nous espérer d’une école qui n’offre comme perspective que la réussite sociale basée sur la concurrence agressive.
    Mon propos est celui-ci: comment un indien d’Amazonie peut avoir pour espoir d’envoyer ses enfants à l’école, sachant que l’école lui donnera les clés nécessaires pour être en mesure d’exploiter un peu plus la forêt. Et faire disparaître sa famille !
    L’école des indiens,celle où l’on apprend à vivre en harmonie, n’est pas à la mode !

    Envoyer nos enfants apprendre à faire fonctionner un système auquel nous ne croyons plus, n’est-ce-pas complètement idiot ?
    Une refonte des programmes scolaires, prenant en compte un autre mode de fonctionnement possible, est-ce un doux rêve ?
    Tant que ceux qui nous gouvernent aujourd’hui ont la main mise sur la formation des jeunes, pourquoi tenteraient-ils autre chose?
    Au risque de voir leur usines se vider, leurs supermarchés faire faillite, et tous les travailleurs esclaves relever la tête et quitter les usines !

    Pourtant, le savoir et la connaissance sont les seules armes valides pour lutter et prendre en main sa vie. Ne serait-ce que lire et écrire, n’est-ce pas.
    Et compter, jusqu’à mille ça suffit, puisque plus personne d’ici peu de temps ne recevra en récompense de son travail plus que mille euros…
    Mis à part une élite d’enfants éduqués en écoles privées.
    Eduqués pour perpétuer le bon fonctionnement du système qui écrase la majorité.

    Ils nous refusent donc l’école publique, nous voilà donc retournés bien avant Charlemagne, au bon vouloir des princes, des nobliaux de Cour, et du Roi, charge aux moines d’éduquer ceux qui payent.
    Et bien, comme nous ouvrons des AMAP ( associations pour le maintien de l’agriculture paysanne) pour subvenir à nos besoins de bouche, pourquoi ne pas ouvrir des AMÈS (associations pour le maintien d’une éducation saine) pour éduquer nos enfants d’après des critères correspondant plus à l’avenir que nous leur souhaitons.
    Ce ne sont pas les jeunes diplômés professeurs qui manquent !
    Et, comme pour les Amap, en s’y mettant à plusieurs, on arrive à faire fonctionner l’affaire et à rémunérer le paysan dignement.
    Donc, montons des AMÈS, chacune autour d’un enseignant.
    Après tout, puisque la mode est à l’éducation privée, et que l’école est obligatoire, pourquoi s’en priver ?
    De toutes les façons, la seule école nationale et gratuite qui va rester sera uniquement réservée aux populations destinées à devenir ouvriers esclaves.
    Ma petite idée faisant son chemin, nous aurions bientôt autant d’écoles que de quartiers…
    Est-ce complètement idiot de renoncer au supermarché de l’éducation pour nourrir nos esprits, celui de nos enfants, de choses saines ?

    Répondre
    • Brice says:

      Merci pour votre commentaire et vos propositions.

      Comme je fais partie de « l’élite d’enfants éduqués en écoles privées (…) pour perpétuer le bon fonctionnement du système qui écrase la majorité », je voudrais plaider pour que les AMES que vous proposez soient aussi des lieux de tolérance : les enfants ne choisissent ni leurs parents ni leurs écoles, mais ils choisissent une fois adultes ce qu’ils font de leur éducation et ne font pas tous les mêmes choix… L’histoire a vu suffisamment de tyrans incultes (Gengis Khan) et de grands hommes éduqués (Ghandi) pour nous donner un peu d’espoir en la matière ! :)

      Amicalement

      Répondre
      • batistin says:

        Brice, bonjour,
        Je suis artiste, et n’ai sur l’éducation, et sur les autres pans de notre société d’ailleurs, que des idées liées au renoncement de l’Etat.
        Au lieu d’espérer changer par le haut les institutions, il semblerai que toutes les actions entreprises dans le cadre d’une communauté restreinte soient aujourd’hui plus efficaces.
        Installer un panneau de basket dans un quartier difficile est parfois plus efficace que la visite d’un ministre !
        Bien évidemment, je suis conscient du risque d’un cloisonnement par quartier de l’éducation .
        Chaque « école » étant alors à la merci d’un éventuel « gourou »…
        Au fond, mon propos tenait surtout à mettre en valeur ceci:
        quand l’Etat nous oublie ou nous écrase, il ne reste que la tribu comme mode de fonctionnement valide. Ce qui est triste certes, dangereux aussi.
        Mais enfin, de toutes les façons, pour reconstruire un autre mode de fonctionnement, il faut passer par les initiatives individuelles et ne pas attendre sans rien faire.
        Quitte ensuite, comme autrefois cela a été fait, à regrouper ensuite les tribus, pour en faire un Etat !
        On recommence tout depuis le début, ça occupe…

      • batistin says:

        Une citation de’Albert Camus:
        « La fin justifie les moyens ?
        Cela est possible. Mais qui justifie la fin ?
        À cette question, que la pensée historique laisse pendante,
        la révolte répond : les moyens »

        Evidemment qu’il est important de noter le disfonctionnement des différents pôles de la nation.
        Sans oublier les caractères particuliers broyés par un tel système.
        Broyés, ce qui est grave pour chacun, et donc mal « utilisés » ce qui est une perte pour le bien-être de tous.
        Ne pas savoir reconnaître, depuis l’école, les capacités des individus mène forcement la communauté à la régression.
        Comme une famille incapable de déceler dans le petit dernier un talent menant à l’excellence .
        Le » libéralisme » que nous combattons au titre de la protection sociale n’a au fond de libéral que la légèreté avec laquelle nous le qualifions.
        Pour être plus précis, ce « libéralisme » là s’apparenterai plus évidemment à du totalitarisme.
        Le mot liberté en étant la racine, une vrai liberté s’accommoderai mieux d’une recherche des talents et d’une mise en valeur des capacités inexploitées de chacun des membres de la communauté.
        Au lieu de ce grand nivelage par le bas.
        Mais enfin, pour exemple, qu’est-ce qu’en a à foutre l’entreprise Bouygues de déceler un architecte talentueux et français, quand il s’agit de reconstruire pour la quatre vingt douzième fois une barre d’immeuble de bureaux au Liban ou en Irak ?
        Ce dont elle a besoin, c’est de résultat. Quelques bombardements efficaces suivis d’une myriade de camions toupie à bétonner.
        Qu’importe aujourd’hui aux mecs assis devant les ordinateurs boursiers que le travail du maçon soit réalisé avec l’amour du métier transpirant à chaque geste ?
        Qu’est-ce qu’un compagnon du devoir, maçon, charpentier ou pâtissier peut bien apporter à des structures vouées à la décrépitude rapide ?
        Décrépitude organisée par avance pour stimuler les marchés. Votre ordinateur est déjà trop vieux le jour où vous l’achetez !
        J’ai souvenir d’un ami maître verrier à qui l’on avait confié la restauration d’un vitrail d’église du 12° siècle.
        Le mec des bâtiments de France arrive et, ayant à peine dit bonjour, dit au maître: « vous pensez en avoir pour longtemps? »
        La suite serait amusante à raconter, coup de poing sur le nez, si cette histoire n’était pas si triste.
        Voilà notre vie, comptée, mesurée, temporisée, au détriment du plaisir, de la valeur acquise le tout au profit de la valeur ajoutée.
        Le premier qui soutiendra devant moi que la taxe sur la valeur ajoutée peut-être sociale…
        c’est simple je lui fait bouffer sa montre !
        La seule taxe qui soit sociale, c’est le temps que nous prendrons peut-être un jour pour mettre en valeur les qualités et les capacités de chaque membre de notre tribu. Et s’intéresser enfin au bien fondé d’une productivité ne servant qu’à fabriquer du surplus jetable et des famines cotés en bourse.

        A moins que liberté ne veuille dire, ce que je ne savais pas, la possibilité de traverser la cuisine de mon voisin pour aller lui imposer de force le choix de ses yaourts, pour ensuite passer dans sa chambre pour lui apprendre le bonheur de se lever à l’heure pour aller à l’usine pendant cent trente ans, et pour finir par lui enlever son gosse pour le foutre en prison parce qu’il me jette au visage les dits yaourts, le libéralisme actuel est un délit d’identité.
        Je propose donc en lieu et place du mot « libéral » que je souhaite conserver intact pour l’avenir de mes enfants, le mot « alibéralisme ».
        Ce qui nous donnera :
        « L’alibéralisme actuel est une aberration,
        un déni sytématique de la liberté individuelle du citoyen,
        au profit d’une bande de voyous »

      • Brice says:

        Je suis content de voir que mon modeste blog vous inspire autant ! :)

        « Notre vie comptée, mesurée, temporisée » me rappelle qu’il y a toujours deux façons de percevoir les différences : quantitative (classement sur une échelle linéaire) ou qualitative (différences de natures). Nous passons si vite du carnet de santé au carnet de notes puis au carnet de chèques qu’il est difficile de bien voir les qualités quand on prend autant de temps à calculer les quantités… Nourriture pour la réflexion, merci pour cela aussi.

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